Duval: Je sais maintenant comment je vais mourir

J’ai longtemps cru que ma dernière heure sur Terre serait sanctionnée par un vulgaire accident d’automobile.

Infodivertissement à développer

Risqués et trop longs à utiliser, le gouvernement allemand et les constructeurs nationaux ont promis pendant le salon de Francfort d'investir massivement pour améliorer l'interface des systèmes d'infodivertissement.

J’ai longtemps cru que ma dernière heure sur Terre serait sanctionnée par un vulgaire accident d’automobile. On ne joue pas éternellement avec le feu sans finir par se brûler. Pendant plus de 20 ans, je me suis adonné à la course automobile et cela à une époque où la sécurité était davantage une velléité qu’une réalité.

Je me souviens encore de cette Porsche 906 que l’on m’avait invité à conduire en 1968 en compagnie du pilote de F1 Mario Cabral dans le BOAC 500 à Brands Hatch, en Angleterre. J’y avais cherché, en vain, la ceinture de sécurité; il n’y en avait pas, tout simplement. Je pense aussi à ce coureur américain au volant d’une Cobra qui s’amenait souvent à Mont-Tremblant avec, pour tout accessoire de sécurité, son casque protecteur. Pas de ceinture, pas de combinaison ignifuge, pas de mocassins de course, que son courage et son intrépidité.

Et c’était accepté.

On était encore très loin des «fuel cells», ces sacs en matière souple qui tiennent lieu de réservoirs à essence dans toute voiture de course moderne et qui firent leur apparition après plusieurs accidents où le choc avait brisé le réservoir et provoqué un incendie.

Souvenirs atroces

À ce propos, je n’oublierai jamais le tragique accident de notre collègue Bob McLean de Vancouver, qui fut brûlé vif sous mes yeux dans une Ford GT 40 pendant la course des 12 Heures de Sebring, à laquelle je participais en 1966. Dieu merci, la course automobile est devenue un sport beaucoup moins dangereux de nos jours grâce à des mesures de sécurité accrues.

Chez les constructeurs automobiles, la sécurité a aussi fait des pas de géants, mais tout ce beau travail est entaché par cette folie des gadgets dont la prolifération devient ahurissante et dangereuse. J’ai la nette impression que les manufacturiers ont tous attrapé la «complexette», cette stupide manie de compliquer les choses en voulant les simplifier. Qu’importe le modèle ou la marque, on s’ingénie à compliquer la vie du conducteur en lui proposant une variété de bricoles dont on se passerait volontiers. Je m’explique.

Pour petits futés seulement

Il faut une patience de bénédictin pour déchiffrer les diverses commandes intégrées aux ordinateurs de bord que l’on trouve même désormais dans de modestes compactes. Pour seulement syntoniser votre poste de radio préféré, vous aurez besoin d’un doctorat en électronique, d’un quotient intellectuel au-dessus de la moyenne et, surtout, d’un strict respect du vocabulaire liturgique dont la censure m’empêche de donner ici quelques exemples.

Et, encore, il n’est pas dit que vous réussirez à écouter Paul Houde au lieu de je ne sais trop qui. Vous serez dans les mêmes beaux draps en tentant de régler la climatisation, le système de navigation par satellite, les paramètres de la voiture et mille autres petits détails que l’on pouvait autrefois obtenir au moyen d’un simple bouton. Comme je suis du genre curieux et que mon métier m’oblige à renseigner le consommateur sur les subtilités des divers modèles d’automobiles, je dois chaque semaine tenter d’apprivoiser les nouvelles astuces de la voiture à l’essai.

À l’heure actuelle, les pires embûches qui se sont élevées sur ma route furent celles mises en place par Ford et General Motors. Les systèmes My Toutch et CUE sont une véritable calamité, avec des réglages à la fois tactiles et à boutons. Or, pendant que je fixe mon attention sur les résultats erronés de mon «pitonnage», mes yeux quittent la route et ma voiture dévie dangereusement de sa trajectoire. Vous me direz, espèce d’imbécile, cesse de jouer avec ces casse-tête, sauf que ceux-ci constituent pour moi un défi à relever. C’est comme une drogue, et je suis incapable de résister à l’envie de percer le mystère de tel ou tel nouveau modèle soumis à mon expertise.

C’est de cette façon que je peux prédire que ma dernière heure sera conséquente à mes efforts incessants pour écouter le dernier bulletin de circulation, programmer la fermeté des amortisseurs ou la date de ma prochaine mise au point, courtoisie d’un constructeur désireux de faciliter mon passage dans l’autre monde.

Il est plus que temps d’instaurer une législation afin de rendre ces systèmes inopérants lorsque la voiture est en mouvement. Ces ordinateurs de bord sont à mon avis plus dangereux que les appareils cellulaires, d’où l’urgence d’agir.

P.S. Mes funérailles seront annoncées à une date ultérieure.

 

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