Duval: comme le temps embellit nos souvenirs...

Le temps est trompeur et peut nous jouer de mauvais tours.

Duval-Le temps embellit

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Le temps est trompeur et peut nous jouer de mauvais tours. Souvent, ce dont on gardait un impérissable souvenir devient, au moment des retrouvailles, une profonde déception. C’est particulièrement vrai en ce qui a trait à l’automobile, un domaine où le progrès a souvent dissipé les plus beaux souvenirs. J’en ai eu une preuve flagrante en faisant l’essai récemment d’une voiture dont j’avais conservé un souvenir impérissable et une admiration sans bornes.

Cela se passait en 1960, alors que je venais de vivre une série d’infortunes avec une Alfa-Roméo Guilietta Sprint Veloce qui était une abomination en matière de fiabilité. Le réglage des carburateurs Weber double corps durait en moyenne 5 à 6 kilomètres, le temps de rallier les studios de CKVL à Verdun à partir du concessionnaire Budd and Dyer, rue Ste-Catherine Ouest. Il y avait aussi les bagues de synchronisation de la boîte de vitesses qui duraient un jour ou deux, pourvu que l’on prenne son temps pour passer les vitesses. Bref, cette sportive de haute lignée avait une fiabilité beaucoup moins longue que le temps requis pour décliner son appellation.

MAL VIEILLIR

C’est avec bonheur que je la vis quitter mon garage pour être remplacée par une Porsche 356 B coupé S90, qui fut un véritable coup de foudre. Elle a marqué avec succès mes débuts en course, tout en me menant aux quatre coins de la province sans jamais la moindre défaillance. Bref, c’était LA voiture jusqu’à ce que je la retrouve l’été dernier dans un hangar de St-Mathieu de Beloeil. Avec d’heureux souvenirs plein la tête, j’allais retrouver la fidèle amie de mes débuts dans la vie et peut-être même en faire l’achat. Disons que ce ne furent pas d’heureuses retrouvailles et que la voiture idolâtrée s’était transformée en une sacrée guimbarde qui représentait davantage le déplaisir de conduire que l’agrément de conduite. Une direction floue, un freinage approximatif, un levier de vitesses implanté dans une baratte à beurre, une suspension avec une garantie de survirage soudain, un moteur poussif; voilà en quelques épithètes un juste portrait d’une Porsche des années 50-60. Sans compter qu’elle aurait du mal aujourd’hui à dupliquer l’accélération de la Toyota Tercel de Ti-Mé.

En un demi-siècle, l’automobile a fait des pas de géants, en route vers un progrès qui a entièrement modifié le comportement de l’automobile de grande série.

AU CIMETIÈRE DE L’AUTO

Cela dit, laissez-moi vous entretenir brièvement de la fameuse Alfa Roméo 1959 si matraquée au début de cette dissertation. La nature humaine étant ainsi faite, je me suis mis à l’aimer et à la regretter peu de temps après l’avoir envoyé aux géhennes. Figurez- vous que je n’ai pu résister à l’envie de revoir sa mine réjouissante et d’écouter le doux ronronnement de son moteur à deux arbres à cames en tête. Hop. Je l’ai rachetée il y a trois ans. L’histoire d’amour a duré le temps d’un été. Sa fiabilité ne s’était pas améliorée avec les années, tandis que son comportement routier méritait, au mieux, le terme de lamentable. Prenons seulement le freinage de ces voitures préhistoriques. Tenter de vous immobiliser en utilisant les réflexes acquis au volant de voitures modernes est suicidaire. Avec mon Alfa de rêve, on se retrouve facilement de l’autre côté de l’intersection où l’on voulait s’immobiliser. Voilà la différence entre des freins à tambour et des freins à disques. Sans compter que ni les freins, ni la direction n’étaient assistés. Et le bon vieux «choke» (étrangleur) avait encore sa place au tableau de bord.

Bref, dans le contexte actuel, autant cette Porsche 356 que la belle Alfa seraient considérées comme de vraies ordures dignes d’une oraison funèbre et d’une place de choix dans le cimetière de l’auto. Paradoxalement, ces voitures anciennes sont très convoitées par les collectionneurs par les temps qui courent et atteignent souvent des valeurs dépassant de 10 fois leur prix original. Mais sachez que ce n’est pas pour leur agrément de conduite et davantage pour leur design absolument sublime. On pourrait conclure que l’automobile a connu une évolution technique remarquable au cours du dernier demi-siècle, mais que ses lignes pâlissent dans un vide abyssal.

 

1.5 million kilometre Porsche 356

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