Jacques Duval: démystifier Ettore Bugatti

Dans les milieux chic on fait grand état des voitures et du personnage portant le nom sacré d’Ettore Bugatti. Pour la majorité d’entre nous, toutefois, pas tant que ça.

Ettore Bugatti

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Dans les milieux chic («chic and swell», diraient certains), on fait grand état des voitures et du personnage portant le nom sacré d’Ettore Bugatti. Pour la majorité d’entre nous toutefois, l’homme et ses machines ne font pas partie de nos préoccupations quotidiennes.

 

 

Certains, comme moi, ont une petite idée de la notoriété de l’étiquette. Ne serait-ce que pour les millions de dollars que peuvent atteindre les créations du grand maître dans les encans de voitures historiques comme celui de Pebble Beach qui a eu lieu la semaine dernière à Monterey, en Californie.

Le hic dans tout ça, c’est que Volkswagen, le symbole même de la voiture du peuple, a eu l’idée de polir son image en rachetant les droits et le nom du vénéré Monsieur Bugatti, afin de vendre à des prix outranciers et jamais vus des voitures dites «exotiques» que je préfère appeler «voitures d’exception». Ce petit manège se déroule depuis quelques années et vient d’atteindre son paroxysme avec la Bugatti Légende dévoilée à Pebble Beach dont vous pouvez acheter l’un des trois exemplaires pour la modique somme de 4 millions de nos petits dollars. Rien de tel pour naviguer entre les nids de poule de notre si belle province…

La voiture des rois

Voyons comment les excès en tout genre peuvent quelquefois frôler la folie dans ce monde irréel. Dans un communiqué de presse écrit avec le dictionnaire des superlatifs, on apprend que la direction actuelle de la marque s’applique à atteindre la fusion parfaite de la technique et de l’esthétisme qui caractérisait Ettore Bugatti. Le modèle Légende qui lui rend hommage s’inspire de l’impressionnante (voir photo) Type 41 Royale de 1932, conçue comme la voiture la plus puissante et luxueuse de son époque. Rien de moins que la voiture des rois. Or, il se trouve que ce modèle est la sixième édition d’une série de voitures «hommage» et qu’elle fut précédée par des créations similaires consacrées aux grands animateurs du marché automobile.

Comme toutes les Légendes, la dernière est basée sur la délirante Bugatti Veyron 16,4 Grand Sport Vitesse, ce qui lui vaut un moteur W16 (16 cylindres) de 8 litres d’une puissance de 1200 ch. Capable d’atteindre 100 km/h en 2,6 secondes, c’est le roadster de série (?) le plus rapide du monde avec une vitesse de pointe de 408,84 km/h.

Rien de tel pour mourir célèbre.

Car, quoi qu’en dise la promotion, la renaissance de Bugatti est de la frime ou, sinon, une façon de jeter de la poudre aux yeux avec une voiture qui ne retient que le nom des créations originales des années 20 et 30. On a beau faire des rapprochements entre les modèles de l’époque et les éditions Légende de la Veyron, on reste loin des chefs-d’œuvre du génie de la création qu’était Ettore Bugatti.

À preuve, sa Type 41 Royale par exemple faisait appel à un moteur V8 de 12,7 litres à 3 soupapes par cylindre développant 300 ch. Et cela il y a environ 80 ans. D’accord, les voitures d’hier et celles d’aujourd’hui font appel à de l’aluminium apparent, mais un tel rapprochement est trop peu pour comparer une Veyron de maintenant à cette autre célébrité qu’est la légendaire Type 57 SC Atlantique apparue en 1934, une incroyable réalisation qui connut le plus grand succès commercial de Bugatti.

Pour s’approprier un peu de la légende, on vous dira que le cuir utilisé dans la Veyron Légende en hommage à Bugatti est habituellement associé aux souliers de luxe et qu’il requiert six mois de tannage.

En somme, bien du blabla pour vendre une voiture dont le seul usage sera de trôner dans un quelconque musée après avoir parcouru quelques kilomètres pour épater la galerie ou pour expédier son propriétaire au plus proche columbarium. Et ce ne sera toujours qu’un rejeton de Volkswagen.

Le chroniqueur automobile en voie d'extinction?

Qu’adviendra-t-il de nous tous, chroniqueurs automobiles, avec le tournant que prendra immanquablement l’automobile dans pas tant d’années que cela, à en croire les prophètes de malheur. Je fais allusion aux autos autonomes qui n’auront pas besoin de votre humble chroniqueur ou de ses nombreux émules pour témoigner de leur agrément de conduite, de leurs performances et de tous ces petits détails que l’électronique rendra sans doute caducs.

À moins que ce soit exactement le contraire et que l’on ait besoin d’avoir recours à de fins analystes très versés dans les sciences de demain afin de nous éclairer sur les divers aspects de ce que sera la voiture d’après-demain?

En ce qui me concerne, je tirerai ma révérence, mais mes jeunes collègues entreront dans ce qui s’annonce comme une toute nouvelle génération d’automobiles. À vos marques, messieurs, dames!

 

 

 

2013 Bugatti Veyron Grand Sport Vitesse

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