Wonder Woman en minivan

Mercredi matin, à l’hôpital. Natasha attend. À travers la fenêtre, elle a vue sur l’urgence. Les ambulances qui arrivent, puis repartent.

Wonder Woman en minivan

Mercredi matin, à l’hôpital. Natasha attend. À travers la fenêtre, elle a vue sur l’urgence. Les ambulances qui arrivent, puis repartent. La vie qui arrive, puis repart. Dans son ventre, le bébé ne donne plus de coups.

Le docteur Benjamin la reçoit enfin. Dans la petite salle, l’air est gonflé d’inquiétude. La maladie de Crohn qui use Natasha depuis des années est à son plus fort et la matraque. C’est une rechute grave, qui l’empêche de manger, la cloue au lit ou à la salle de bains, lui creuse les joues et le corps. Et comme si ce n’était pas déjà assez, les médecins lui ont découvert la semaine dernière des cellules cancéreuses à l’utérus.

Il est 16h. Natasha est crevée lorsqu’elle quitte l’hôpital. Crevée, mais heureuse. Le docteur vient de lui apprendre que malgré tout, le bébé va bien. C’est quasiment un miracle. Bientôt, elle et Stefano seront parents d’une troisième petite puce.

Ce soir-là, elle m’appelle pour m’annoncer la bonne nouvelle. Et dans un grand éclat de rire, elle ajoute :

- Stefano peut pas croire qu’on va devoir acheter une minivan, si on veut installer tous nos petits monstres ! Heille, une minivan... Lui qui vendait des BMW dans son pays, ça va le changer, ha ha !

Depuis, Stefano a fini par s’habituer à la minivan. C’est dans la minivan que les deux plus petites ont dit leurs premiers mots. Dans la minivan qu’ils chantent à tue-tête en famille. Dans la minivan que Natasha et Stefano se soudent dans leur bulle, protégés de tout ce que le monde a d’effrayant.

Natasha, c’est une vraie Wonder Woman. Elle a grandi dans un milieu modeste, et elle a le cœur grand comme l’univers. N’importe qui s’écraserait devant autant de malheurs, alors qu’elle trouve le moyen de rire. Et de s’occuper de tout le monde, sauf d’elle.

Quand je l’ai connue, elle étudiait aux Hautes Études Commerciales, d’où elle est diplômée. Sa carrière et ses nombreux prix à la tête des ressources humaines de grandes entreprises m’ont toujours impressionnée.

Mais ce qui me renverse le plus de mon amie, c’est qu’elle a quitté toute cette renommée pour fonder sa famille. À 33 ans, elle est maman de trois enfants, qu’elle a eus en l’espace de trois ans.

Un jour, son employeur, une entreprise prestigieuse, s’est servi de sa deuxième grossesse comme prétexte pour abolir son poste de directrice. Pas une seule seconde Natasha ne s’est apitoyée.

Au même moment, son chum a lui aussi subi des coupures de poste. Une job poche, pas valorisante, pas payante, mais qui lui permettait de perfectionner son français et de se faire une place sur le marché du travail au Québec. Lui et Natasha se sont rencontrés en Italie : il ne parlait pas un mot de français, et elle, pas un mot d’italien. Ça ne les a pas empêchés de vivre le coup de foudre ultime. Stefano a tourné la page sur sa famille, ses amis, son excellent emploi chez BMW... Il s’est déraciné de son pays, pour que son amour pour Natasha puisse fleurir ici.

Financièrement, Natasha était égorgée. La vie l’envoyait au tapis, avec plus un sou devant elle. Mais tous ces revers, elle les a pris pour se réinventer, en privilégiant sa famille. Il y a un an, enceinte jusqu’aux oreilles, malade à l’extrême, elle a fait preuve d’une détermination à toute épreuve pour lancer le Tic Tac Gym, son propre gymnase pour enfants dans le quartier St-Léonard à Montréal.

Elle passe de longues heures dans son gym multicolore, à créer des projets, à superviser les moniteurs, à discuter avec les parents et à jouer avec les enfants. Mais la grande beauté du Tic Tac Gym, c’est qu’elle y emmène ses filles avec elle, dans la minivan.

Et tout à coup, elle et Stefano ont compris que la minivan n’était pas que ça, une minivan. C’était devenu le symbole de la force de leur couple ; le moteur pour aller de l’avant, ensemble. C’est sur la banquette que Natasha a réalisé que ce qui lui permettait de tout surmonter en gardant la tête haute, c’était d’être la maman d’Erika, d’Alessia et de Gabriella.

Essai routier Honda Odyssey SE 2014

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