Fred Mercier

J’ai traversé le Canada dans une Toyota Corolla beige

J’avais 23 ans, pas beaucoup d’argent et tout mon temps. Ah oui, et une Corolla beige prête à faire le tour du pays!

J'ai traversé le Canada dans une Toyota Corolla beige

J’avais 23 ans, pas beaucoup d’argent et tout mon temps. Ah oui, et une Corolla beige prête à faire le tour du pays!

Pour plusieurs, la Toyota Corolla représente la voiture ennuyante par excellence. Une Corolla, c’est réservé aux matantes, aux gens qui ne savent visiblement pas savourer la vie.

Et pourtant, j’ai vécu certains des plus beaux moments de mon existence dans une Corolla beige.

Été 2012. Je suis fraîchement gradué de l’Université, mais je ne suis vraiment pas pressé d’intégrer le marché du travail. L’aventure m’appelle, et c’est au fin fond de l’Ontario que je vais la trouver.

Je me suis trouvé un boulot comme planteur d’arbres au Nord de Thunder Bay. Pendant deux longs mois, j’ai vécu dans une tente, me levant jour après jour à des heures pas possibles pour aller planter des arbres dans le fin fond de nul part. De loin l’emploi le plus difficile que j’ai eu de ma vie.

Au moins, je savais qu’au bout de ces deux mois du dur labeur, mon vieux chum Guillaume partait du Québec et venait me chercher à Thunder Bay. Après ça, c’était direction la Colombie-Britannique. Le roadtrip dont on avait toujours rêvé!

C’était censé être un voyage à deux. Mais durant ma courte carrière de planteur d’arbres, j’ai rencontré Dan, un allemand beaucoup trop hippie qui a finalement décidé de se joindre à nous jusqu’au bout de la côte Ouest. Plus on est de fous, plus on rit, non?

Ça n’aura pas été facile, mais Dan et moi sommes venus à bout de nos deux mois dans le milieu de nul part à planter des arbres à la sueur de notre front. Puis, au tout début du mois de juillet, c’était finalement le grand jour. Guillaume débarquait à Thunder Bay, et c’était l’heure du départ.

La Corolla, c’était celle de sa mère. Ça l’est toujours, d’ailleurs. Je n’étais pas enchanté à l’idée de parcourir le pays là-dedans, mais bon. C’était ça ou ma vieille Chevrolet Malibu 1997. Et bien franchement, je ne sais pas si on se serait rendus jusqu’à Tofino avec la Malibu...

Bref, Guillaume a pris la Corolla. Une 2001 avec zéro équipement. On n’avait même pas de «Cruise Control» pour nous aider à traverser les interminables prairies. Pas grave, on avait des choses à se raconter, de la bonne musique et tout le temps du monde devant nous.

Rapidement, on a réalisé que le Canada, c’est gros sur un temps. Fidèle compagnon, la Corolla n’a jamais flanché. Et avec elle, on a vu tout ce que notre pays a de plus beau à nous offrir.

On a traversé les mille et un lacs de l’Ontario.
On a fait la fête au Folk Festival de Winnipeg.
On a passé des heures à admirer les couchers de soleil dans les Prairies.
On a réalisé que Regina, maudit que c’est plate.
On a viré une brosse légendaire sur White Avenue, à Edmonton.

Puis, on a fait un face-à-face avec ce que la nature a de plus beau à nous offrir. Nous sommes littéralement tombés amoureux des Rocheuses.

Dès qu’on a atteint Banff et Jasper, on a compris pourquoi tout le monde rêve de voyager vers l’Ouest. À bord de la Corolla, nous avons visité tous les recoins de ces magnifiques montagnes, toujours à la recherche d’un endroit plus majestueux pour installer notre tente et camper pour la nuit.

Puis, une fois les parcs nationaux d’Alberta visités, nous sommes montés dans la Corolla et avons décidé d’aller voir ce qu’il y avait de l’autre côté de ces magnifiques montagnes.

Et ce qu’on a découvert nous a tout simplement séduits. J’ai visité les 10 provinces canadiennes, et la Colombie-Britannique est de loin ma préférée. C’est la plus belle, la plus relax, celle à laquelle je m’identifie le plus.

J’aime les plages de Kelowna, la diversité de Vancouver, les routes désertiques autour de Kamloops...

Et puis, il y a l’Île de Vancouver. Victoria, Tofino, Ucluelet, name it. Un paradis sur Terre. Le coup de cœur de tous mes coups de cœur. J’ai laissé une partie de moi-même sur cette île, et j’espère vraiment la retrouver un jour.

Tout ce que je vous raconte, je l’ai vécu grâce à une Corolla beige. Je sais, n’importe quel véhicule aurait fait le travail, mais pour moi, la Corolla demeurera toujours synonyme de voyage, de bonheur.

À la fin de l’été 2012, je suis revenu au Québec avec la ferme conviction d’être une nouvelle personne. La vie, je ne la regarderais plus jamais de la même façon.

Et chaque fois que je passe voir mon vieux chum Guillaume et ses parents, je donne une petite tape sur le capot de la Corolla. Parce que pour moi, ce n’est pas juste une voiture. C’est une amie.

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