Fred Mercier

J’aime les chars et je ne suis pas un douchebag

Et si ce n’était pas vrai, tout ça? Et si on pouvait aimer les voitures, mais aussi l’art, la musique et se soucier de l’environnement?

Douchebag

Philippe Melbourne Dufour

Je suis un gars de chars.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les voitures. En fait, je pense que j’ai appris à dire «Honda» avant «Maman» ou «Papa».

Je savais à peine marcher, et déjà, je voulais m’asseoir derrière le volant de tout ce qui avait quatre roues, toucher à tous les boutons. Je tiens ça de mon père, je suppose.

En grandissant, l’intérêt ne s’est jamais dissipé. Et aujourd’hui, j’en fais même une carrière. Je gagne ma vie à analyser et à commenter l’industrie automobile. Je sais, c’est cool. 

Et pourtant, il y a un truc qui m’agace au plus haut point: la réaction des gens quand je leur explique mon travail.

«Ah ouin, t’es un gars de chars?»

Comme si je venais de leur annoncer que mon émission préférée était Célibataires et nus ou que je passais mes fins de semaine à «clubber» avec des chums que j’appellerais sans doute affectueusement «l’gros».

Pour trop de gens, être un gars de chars, c’est pas mal ça.

Systématiquement, ça veut dire qu’on n’a pas vraiment de culture, qu’on ne s’intéresse qu’au superficiel. Qu’on aime mieux parler de chevaux-vapeur que d’enjeux politiques et qu’on préfère pousser de la fonte sur la sauce dans un gym que de tourner les pages d’un bon roman.

Et si ce n’était pas vrai, tout ça? Et si on pouvait aimer les Hummer, mais aussi l’art, la musique et se soucier de l’environnement? Bon, ok, peut-être pas les Hummer. Mais vous comprenez le principe!

 

Remarquez, je comprends d’où il vient, ce préjugé. Moi aussi, j’en ai vu, des gros gars pas trop articulés vanter les mérites de leur Dodge Challenger dans un stationnement de WalMart.

Mais parfois, il faut aller au-delà des stéréotypes.

L’automobile, pour moi comme pour plusieurs autres, c’est une forme d’art. Chaque modèle a sa particularité, son petit quelque chose qui le rend unique. Une âme, en quelque sorte.

Bon, c’est difficile à voir sur la Nissan Sentra de votre tante Ginette, mais croyez-moi. Dans chaque voiture se cache une histoire. Puis, avec le temps, certains modèles deviennent même un miroir de l’époque qu’ils représentent.

Que ça vous plaise ou non, l’automobile joue un grand rôle dans notre société. Et ça dure depuis plus d’un siècle. Les trippeux de chars, souvent, sont aussi des trippeux d’histoire.

Le plus connu du Québec, c’est probablement Michel Barrette. Oui, Barrette est un gars de chars. Un fanatique, même. Et pourtant, c’est aussi un homme cultivé qui a son mot à dire sur pas mal d’autres sujets que la cylindrée de ses moteurs.

Une exception? Pas du tout. Le peintre Jean-Paul Riopelle était aussi un grand amateur de bagnoles. Jerry Seinfeld et Jay Leno aussi, aux États-Unis.

Comme eux, des millions de trippeux et de trippeuses de chars à travers le monde ne demandent pas mieux que de se défaire de ce stéréotype qui dure depuis trop longtemps.

L’automobile est une passion parmi tant d’autres. Et pas juste pour les gens qui prennent des selfies dans les toilettes.

6c52ee94-8170-4415-aa1a-159688b595b9

Partager votre opinion

En commentant sur ce site, vous acceptez nos conditions d'utilisation et notre nétiquette.

Commentaires des lecteurs