Limites de vitesse: à bas la supposée tolérance

Pourquoi ne pas imiter simplement nos lointains voisins de Colombie-Britannique, dont le Ministre des transports a établi la limite sur autoroute à 120 km/h?

Vitesse

Agence QMI

Aimez-vous la vitesse? Moi aussi. Je l’avoue, j’adore la vitesse depuis toujours. Pas sur la route, par contre. Plus maintenant, du moins, parce qu’il y a beaucoup trop de véhicules, trop d’obstacles, trop de risque. Trop de surveillance, aussi.

Je pourrais vous raconter que je respecte scrupuleusement toutes les limites de vitesses affichées, mais ce serait vous mentir effrontément. Je ne les respecte pas plus que vous. Pas plus que l’immense majorité d’entre vous, plutôt.

Et si nous sommes si nombreux à conduire de cette manière, c’est que nous sommes convaincus que les corps policiers de notre belle province tolèrent les excès de vitesse, dans une certaine mesure.

Posez la question à votre voisin et il vous répondra sans doute, avec grande conviction, que les policiers «tolèrent» par exemple des vitesses allant jusqu’à 120 km/h sur les autoroutes où la limite affichée est de 100 km/h.

Une tolérance fantôme

Or, sachez que cette tolérance n’existe pas et qu’elle n’est inscrite dans aucun règlement, ni aucun alinéa obscur du Code de sécurité routière au Québec. Et sachez surtout que jamais un policier ne vous confirmera l’existence de cette supposée tolérance, du moins par écrit ou devant un micro ou une caméra.

C’est ce qui ce me choque et me scandalise dans cette histoire, depuis des années. Parce qu’en entretenant ou en ne niant jamais cette croyance populaire, notre police se réserve une marge confortable pour exercer un pouvoir discrétionnaire qui ne lui est accordé par aucune loi ou règlement.

Tout le monde sait, ou croit donc savoir, qu’il est permis de rouler à 119 km/h sur nos autoroutes alors qu’il n’en est rien. Pourquoi ne pas imiter simplement nos lointains voisins de Colombie-Britannique, dont le Ministre des transports a établi la limite sur autoroute à 120 km/h?

 

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La chose est d’ailleurs assez ironique, si l’on songe que le prix de l’essence ne cesse de grimper et que la consommation en carburant est supérieure d’environ 20 % si on roule à 120 plutôt qu’à 100 km/h. Et vous avez certainement intérêt à rouler moins vite dans une voiture électrique dont l’autonomie fond à vue d’œil à plus de 100 km/h.

Le pire, avec cette histoire de supposée tolérance, est que nos policiers semblent l’appliquer à toutes les limites de vitesse, quelles qu’elles soient. Toujours pour la même raison : si vous ne dépassez pas la limite de plus de 20 km/h, vous n’êtes tout simplement pas un client assez payant.

Dans une zone où la limite est fixée à 30 km/h, souvent pour d’excellentes raisons, il y a donc peu de risque qu’on vous colle une contravention si vous roulez à moins de 50 km/h. Et il est beaucoup trop facile d’atteindre cette vitesse, même dans la plus modeste des sous-compactes modernes, si on est le moindrement distrait ou pressé.

Or, le risque de collision de tout type est souvent beaucoup plus élevé dans ces zones où la circulation est plus dense, les rues plus étroites et les obstacles plus nombreux. Ces coins de ville et ces quartiers où fourmillent et circulent les plus lents et vulnérables d’entre nous. Ne parlons même pas des zones scolaires.

 

Pour des limites claires et nettes

Il suffirait que nos forces policières affirment clairement qu’il n’existe aucune tolérance pour les excès de vitesse dans cette province et que tout conducteur doit respecter les limites de vitesses affichées, sans exception.

Les autorités compétentes s’engageraient cependant, du même coup, à réviser soigneusement et sérieusement toutes les limites pour qu’elles soient adaptées au niveau de risque réel que comporte chaque type ou section de route. Ces limites seraient dictées par la science de la circulation et non les quotas de contravention, comme le veut une autre croyance populaire sans doute fondée, hélas.

Ces nouvelles mesures passeront beaucoup mieux si on annonce, du même coup, que la vitesse maximale passe à 120 km/h sur nos autoroutes, sans tolérance pour tout excès mesuré. Puisque la moyenne actuelle s’en approche et qu’on l’accepte déjà... On réduirait ainsi les écarts de vitesse entre ceux qui respectent toujours rigoureusement les limites et la grande majorité des autres. Et ces écarts sont toujours un grand risque de sécurité, sur une autoroute.

Tout le monde gagnerait à ce que cesse cette mascarade hypocrite, et même un peu cynique, de la supposée tolérance. Tous les Québécois le méritent.
 

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Marc Lachapelle

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