AFP

Les femmes pourront enfin conduire en Arabie saoudite

Les Saoudiennes vont être autorisées à conduire, selon un décret royal publié mardi soir par l’agence de presse officielle SPA.

f1a800c0-ef33-42a4-a18f-a1968fac7e14

RYAD | Décision historique en Arabie saoudite : le seul pays au monde qui interdisait aux femmes de conduire, va finalement les autoriser à prendre le volant, selon un décret royal.

Le roi Salmane a ordonné « de permettre de délivrer des permis indifféremment aux hommes et aux femmes », indique le décret publié mardi soir par l’agence officielle SPA.

La mesure doit entrer en vigueur à partir de juin 2018 dans ce royaume ultraconservateur du Golfe.

Dans le cadre d’un ambitieux plan de réformes économiques et sociales à l’horizon 2030 pour limiter sa dépendance au pétrole, Ryad semble assouplir certaines des restrictions imposées aux femmes et tente prudemment de promouvoir des formes de divertissement malgré l’opposition des ultraconservateurs, dans un pays où la moitié de la population a moins de 25 ans.

Outre l’interdiction de conduire, les femmes en Arabie saoudite sont soumises à la tutelle d’un homme de leur famille --généralement le père, le mari ou le frère-- pour faire des études ou voyager.

L’interdiction de conduire imposée aux femmes était vivement critiquée par les organisations de défense des droits de l’Homme.

Avant de l’abolir, le souverain saoudien a pesé les « inconvénients de l’interdiction et ses avantages », précise le décret.

Selon lui, « la majorité des grands oulémas (les docteurs de la foi) était en faveur d’une mesure permettant aux femmes de conduire », marquant ainsi un infléchissement, ces derniers s’y étant vivement opposés dans le passé.

De nombreuses femmes de l’élite saoudienne qui pouvaient conduire à Londres ou à Dubaï mais pas à Ryad ont tenté de braver cette interdiction en Arabie saoudite mais ont été systématiquement arrêtées.

Les autorités n’avaient pas poursuivi ces femmes en justice mais avaient toujours exigé qu’elles signent des documents garantissant qu’elles ne récidiveraient pas.

« Coût économique »

Les militantes affirment que la tradition et des coutumes sont à l’origine de l’interdiction, qui n’obéit à aucun texte islamique ou une décision judiciaire.

La décision de lever l’interdiction de conduire faite aux femmes survient après que les Saoudiennes ont été autorisées à célébrer la fête nationale samedi dans un stade, une première dans le pays.

Hommes et femmes ont dansé dans la rue au rythme de percussions et de musique électronique, des scènes inédites dans un pays connu pour la ségrégation des sexes et une vision austère de l’islam.

Jusque-là, les femmes n’étaient pas admises dans les stades en application de la règle de séparation entre les sexes dans les espaces publics.

En novembre dernier, le prince et milliardaire saoudien Al-Walid ben Talal, connu pour son franc-parler, avait lancé un vibrant appel pour que les femmes obtiennent enfin le droit de conduire en Arabie saoudite.

Il avait parlé du « coût économique » du fait que les femmes en Arabie saoudite dépendent, pour se déplacer, de chauffeurs privés « étrangers » ou de taxis. Et si un mari trouve le temps de conduire son épouse, cela suppose qu’il s’absente de son travail, réduisant sa productivité, avait-il déploré.

Autoriser les femmes à conduire est désormais « une demande sociale urgente que la conjoncture économique justifie », soulignait-il en référence aux difficultés budgétaires que connaît son pays en raison de la baisse de ses recettes pétrolières, consécutive à l’effondrement des cours du brut.

Le recours à des chauffeurs étrangers coûte des milliards de dollars à l’économie saoudienne, selon lui.

La décision de l’Arabie saoudite d’autoriser les femmes à conduire est un « signe très positif » et un « grand pas dans la bonne direction », a déclaré mardi le département d’État américain.