À bas le sel, poison sournois

Les émissions de fin d’année, comme une multitude de nos routes et de nos rues, vont être truffées encore une fois de cônes orange.

Sel

DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QUÉBEC/AGENCE QMI

Les émissions de fin d’année, comme une multitude de nos routes et de nos rues, vont être truffées encore une fois de cônes orange.

Mieux vaut peut-être rire de cette calamité avec laquelle les Montréalais et tous ceux qui les visitent n’ont pas le choix de vivre pour encore quelques années.

On n’entend même plus de révolte quand on apprend la fermeture d’une série de bretelles d’accès pourtant essentielles, jusqu’en 2019. On est habitué. On est fatigué. On fait avec.

Dire que la construction d’un nouveau pont en remplacement du pont Champlain va coûter près de 5 milliards de dollars, sans compter les quelque 400 millions qu’il a fallu dépenser pour faire tenir le vieux pont en attendant et les 400 autres millions qu’il faudra verser pour le « déconstruire ». Dire, surtout, qu’elle a été rendue inévitable par la corrosion de l’armature en acier de ses poutres en béton.

Et l’échangeur Turcot? Le nouveau va nous coûter un bon 4 milliards. Si on est chanceux. Oui, là encore, je sais qu’on transforme tout ça en « boulevards urbains », mais ce vertigineux enchevêtrement de viaducs était foutu et à remplacer de toute manière. Aussi bien rester désormais au ras du sol, d’ailleurs.

 

Ne me passez pas le sel...

Tout ça à cause du sel qui a rongé les structures et fait éclater le béton de toutes parts. Le calcium, quand il faisait plus froid. Ces substances qu’on déverse encore par milliers de tonnes sur nos routes et nos rues, tous les hivers. Bien sûr que le chlorure de sodium ou de calcium est parfois indispensable pour faire fondre la glace qui s’est formée aux pires endroits. Là où il faut absolument pouvoir freiner ou grimper pour éviter une perte de contrôle ou une collision. Ou alors quand il y a du verglas.

L’ennui, c’est qu’on sort encore trop souvent ces camions gigantesques qui déversent le sel ou le calcium à la tonne avant même que se forme le moindre centimètre carré de glace, blanche ou noire. Certaines municipalités en saupoudrent même allègrement sur les trottoirs, à mon grand désespoir. Essayez de marcher normalement sur un trottoir où repose un bon gros centimètre de « sloche » bien tassée. Croyez-moi, il y a de quoi pester jusqu’à la fête des Rois, sinon plus.

Et ça se passe même dans des villes qui ont adhéré à la « Stratégie québécoise pour une gestion environnementale des sels de voirie » élaborée en 2010 par les Ministères des Transports, du Développement durable et de l’Environnement, des Affaires municipales et quelques autres organismes sérieux. Il y a de quoi être découragé, ou simplement rager.

Chose certaine, nous sommes carrément accros et dépendants au sel et à son complice encore plus corrosif, le calcium, pour nos routes, nos rues et même nos trottoirs.

 

Le plus triste, c’est qu’on ne fait pas mieux dans notre assiette. La plupart d’entre nous mangeons effectivement beaucoup trop de sel, ce qui risque d’avoir un effet catastrophique sur les artères plus petites et invisibles qui nous tiennent pourtant en vie, de la tête aux pieds.

Pour faire autrement

Il existe pourtant des solutions et des matières qu’on peut utiliser pour réduire, sinon éliminer les effets néfastes du sel et de ses semblables. Pour les routes, il y a toujours le sable et la pierre concassée, mais également des matières comme la pierre volcanique broyée qu’on peut récupérer à la fin de l’hiver et même réutiliser en bonne partie. On utilise même des matières organiques et biodégradables comme le jus de betterave et certains sous-produits du maïs, avec succès.

Mais surtout, il y a au Québec plein de cerveaux, jeunes et vieux, qui connaissent ces solutions et peuvent les appliquer. On les trouve dans nos universités, dans nos services publics et sûrement chez quelques ministères. La province compte déjà plusieurs « écoroutes » et « routes blanches » où l’utilisation du sel et du calcium est bannie. Même chose sur le pont de l’autoroute 25, encore presque neuf, dont on veut justement protéger la coûteuse structure.

Il est grand temps que les Québécois se mettent à un régime sans sel ou qu’ils en limitent à tout le moins l’utilisation et l’ingestion au strict minimum.

Pour ne pas détruire nos routes, nos ponts, nos trottoirs. Pour ne pas empoisonner nos rivières, nos lacs et la fragile nappe phréatique. Pour ne surtout pas mettre en péril notre eau douce, cet or blanc qui devient chaque jour plus précieux sur la planète bleue.

Il faut y voir. Maintenant.

 

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LYDIA LABBÉ-ROY/24 HEURES/AGENCE QMI

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CAPTURE D'ÉCRAN/TVA NOUVELLES/AGENCE QMI

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