La première fois, j’avais peur de ne pas aimer ça

Imaginez-vous quelqu’un qui tripe à fond sur les bagnoles, mais qui se fait chier à chaque fois qu’il doit conduire. Ça fait dur quand même.

La première fois, j’avais peur de ne pas aimer ça

Christine Lemus

J’aime les chars depuis que je suis tout petit.

Ce n’est pas la première fois que je raconte ça ici.

Regarder Michael Schumacher et Jacques Villeneuve se talonner, je faisais ça tous les dimanches matins en jouant avec des Hot Wheels avec mon père.

Évidemment, tout ce dont je rêvais, c’était d’avoir 16 ans. Pour conduire. Enfin! Mais pour ça, ça me prenait un permis de conduire. Mais avant, il fallait que je suive des cours pendant un an.

J’ai grandi en ville, je n’ai donc pas eu la chance de me pratiquer en conduisant sur un rang de campagne.

Ma fête étant en octobre, j’ai pu commencer mes cours théoriques dès la fin de l’été. Plus les semaines passaient, plus j’angoissais.

J’avais sincèrement peur de ne pas aimer conduire.

Je n’avais pas peur d’être un mauvais conducteur. J’observais mes parents au volant depuis plusieurs années puis j’étais tellement attentif dans les cours en classe, ça ne m’inquiétait pas du tout.

Imaginez-vous quelqu’un qui tripe à fond sur les bagnoles, mais qui se fait chier à chaque fois qu’il doit conduire. Ça fait dur quand même.

C’est un peu comme si tu rêves d’être Sydney Crosby depuis toujours, mais que le jour où tu enfiles des patins pour la première fois, tu détestes ça pour mourir. C’est triste, rare.

Mon jour J au volant, c’était avec Denis, mon prof de conduite. C’est dans cette petite Toyota Yaris à hayon que je me suis assis sur le siège du conducteur pour la première fois de ma vie.

Mon initiation était intense. Je me suis retrouvé sur les grands boulevards en pleine heure de pointe du vendredi après-midi. Je me sentais aussi à l’aise que Ruth Ellen Brosseau lorsqu’elle a mis les pieds au parlement pour la première fois. Laissez-moi vous dire que je n’avais pas que les mains qui étaient pas mal moites...

Tout ça pour dire que la première heure a passé très vite, même si justement, je ne roulais pas très... vite.

J’étais comme libéré. Je n’ai pas détesté conduire, loin de là.

Comme les véhicules de mes parents étaient tous les deux munis d’une transmission manuelle, je n’avais pas trop le choix d’apprendre de cette façon. Je dis que je n’avais pas le choix, même si dans le fond, ça faisait bien mon affaire. Ça avait l’air tellement plus le fun de changer les rapports moi-même.

Après deux cours avec la petite Yaris automatique, Denis m’a dit que j’étais prêt à faire le saut dans une auto manuelle.

Je suis donc passé d’une Yaris presque neuve à une pauvre Tercel qui avait déjà au moins une douzaine d’années. Elle était d’un bleu qui tirait sur le violet. Même si la clutch était tout sauf ferme et que les vitesses rentraient comme dans du beurre, c’était probablement le pire char pour apprendre à conduire. Dans le tableau de bord, il n’y avait pas de compte-tours. Seulement un compteur de vitesse en plein centre.

Denis m’a fait un dessin sur un bout de carton pour m’expliquer le principe des tours par minute – le fameux RPM. Si au moins Yves Corbeil avait été là.

Heureusement que j’avais regardé mes parents avant et que j’étais familier avec le concept.

Finalement, j’ai tellement aimé ça, conduire, que je me suis acheté ma première auto avant même d’avoir mon permis. Et j’ai encore l’auto, pis mon permis aussi. 

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