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10 ans après l’interdiction, le cellulaire au volant tue encore

Il y a 10 ans aujourd’hui que le cellulaire au volant est interdit au Québec. Malgré toutes les campagnes de sensibilisation, les accidents continuent de se multiplier et il faut passer en mode répression pour faire entendre raison aux automobilistes récalcitrants, croient des experts.

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Le coroner Yvon Garneau devant des véhicules lourdement accidentés après des collisions, à Drummondville, à la fin mars.

Photo Pierre-Paul Poulin

Il y a 10 ans aujourd’hui que le cellulaire au volant est interdit au Québec. Malgré toutes les campagnes de sensibilisation, les accidents continuent de se multiplier et il faut passer en mode répression pour faire entendre raison aux automobilistes récalcitrants, croient des experts.

Plus de la moitié des accidents de la route sont désormais causés par une distraction, soit le plus souvent le cellulaire. Leur nombre a augmenté depuis l’entrée en vigueur de la loi.

« Les gens ont toujours l’impression qu’ils conduisent bien, qu’ils peuvent texter au volant parce qu’ils ont de bons réflexes et qu’ils sont capables de faire deux choses en même temps », dit le porte-parole

Gino Desrosiers de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ).

Faire peur aux fautifs

Étonnamment, un sondage mené pour la Société a pourtant démontré que 94 % des Québécois sont conscients du danger du téléphone au volant. « Ils ont l’impression que l’enfer, c’est les autres », glisse M. Desrosiers.

Les experts consultés par Le Journal sont quasi unanimes : la seule façon de réveiller les automobilistes est de leur faire peur de perdre leur privilège de conduite.

Tout passe par les points

Après avoir enquêté sur plusieurs décès liés au cellulaire au volant au cours des dernières années, le coroner Yvon Garneau estime que la meilleure façon d’éradiquer le problème serait d’augmenter à neuf le nombre de points d’inaptitude imputés aux fautifs.

« Si tu embarques dans ton char et que tu sais que c’est neuf points si tu te fais prendre, ton cellulaire, il va rester dans tes poches, lance-t-il. La seule chose qui ferait reculer quelqu’un, c’est si elle sait que son permis est en péril. »

Plusieurs spécialistes sont du même avis et considèrent que le projet de loi 165, qui vise à augmenter le montant des contraventions sans prévoir de hausse des points d’inaptitude, est loin de viser dans le mille.

Les exemples du car surfing et des courses de rue sont fréquemment soulevés par les experts consultés. Depuis 2013, un automobiliste qui commet l’une des deux infractions voit 12 points d’inaptitude ajoutés à son dossier.

L’effet semble se faire sentir, puisque les cas ont nettement diminué au cours des dernières années, selon des données de la SAAQ.

« Pour plusieurs, 12 points, ça représente perdre son permis, constate l’avocat Éric Lamontagne, qui se spécialise en défense d’infraction routière. Ce n’est pas avec des grosses contraventions qu’on va régler le problème, parce que les gens finissent toujours par trouver de l’argent, alors que des points d’inaptitude, ça ne s’achète pas. »

Les manufacturiers

L’ancien reconstitutionniste de la Sûreté du Québec Pierre Bellemare ne croit pas non plus qu’on réglera le fléau en s’en remettant aux automobilistes. Selon lui, les manufacturiers automobiles pourraient assurément trouver une solution technologique qui ferait en sorte que les cellulaires cesseraient de fonctionner lorsque son propriétaire conduit.

« Avec les moyens d’aujourd’hui, et on sait qu’ils existent, ce serait déjà un bon bout de chemin de fait », dit-il.

Depuis qu’il s’est lancé en politique il y a trois ans, Nicola Di Iorio milite pour que les fonds que percevra le gouvernement avec la vente du cannabis soient envoyés dans un fonds dédié à la recherche sur la sécurité routière.

« C’est par la recherche qu’on va y arriver », croit le député fédéral de la circonscription de Saint-Léonard-Saint-Michel.

 

Chauffeurs récalcitrants

7,7 M$ montant investi dans les campagnes de sensibilisation à la distraction au volant.

54 % des Québécois au volant ne peuvent s’empêcher de regarder lorsqu’ils reçoivent un texto.

47 % des automobilistes attendent à un feu rouge pour texter.

74 % des usagers de la route croient qu’on devrait sévir davantage.

46 369 Nombre de contraventions décernées pour utilisation du cellulaire au volant en 2016.

 

Accidents causés par la distraction

2014

  • 26,8 % Mortels
  • 50,9 % Total (mortels, graves et légers)

2015

  • 39,1 % Mortels
  • 52 % Total (mortels, graves et légers)

2016

  • 33,1 % Mortels
  • 51 % Total (mortels, graves et légers)

Source : saaq

 

Mesures attendues

Le projet de loi 165 présenté en décembre par le ministre des Transports André Fortin prévoit :

  • La contravention pour l’utilisation du cellulaire au volant serait relevée entre 300 $ et 400 $
  • Suspension de permis pour les récidivistes
  • L’ajout des tablettes et des baladeurs numériques dans les appareils interdits

 

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Marie-Chantale Daigle aura toujours un souvenir de Jimmy Rotondo : leur fils James.

Photo courtoisie, Marie-Chantale Daigle

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Jimmy Rotondo, Victime

Photo courtoisie

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