Les Québécois parmi les plus taxés au pays

Les automobilistes montréalais paient 971 $ chacun en taxes sur l’essence par année, ce qui fait d’eux les champions de la taxe à la pompe au Canada, selon une étude.

Les automobilistes montréalais paient 971 $ chacun en taxes sur l’essence par année, ce qui fait d’eux les champions de la taxe à la pompe au Canada, selon une étude.

« Les Montréalais paient six taxes sur l’essence, ce qui équivaut à 40 % du prix qui est payé. Comme nous sommes les plus taxés, on devrait s’attendre à des infrastructures extraordinaires, mais malheureusement ce n’est pas le cas », déplore Carl Vallée, directeur Québec de la Fédération canadienne des contribuables qui a publié cette étude jeudi.

Les automobilistes paient chaque année 2,9 milliards $ en taxes lors de leurs achats à la pompe. C’est presque 200 $ de plus par automobiliste que la moyenne des Canadiens.

« Ça fait mal »

« Ça fait mal. Quand je suis arrivé de la France il y a quatre ans, j’étais super heureux parce que l’essence était à 1,10 $. Je le suis moins maintenant en voyant que l’essence monte de 15 sous d’un coup à 1,45 $ », soupire Jonathan Louis, qui faisait le plein à Montréal jeudi.

Le prix à la pompe était jeudi autour de 1,44 $ le litre. Une hausse importante comme il est régulièrement observé depuis le début de l’année.

M. Vallée ajoute qu’actuellement, les gouvernements imposent les taxes de vente, soit la TPS et la TVQ, sur le prix après avoir déjà imposé la taxe carbone, la taxe d’accise fédérale, la taxe provinciale sur les carburants et la taxe « transit » pour le transport en commun.

« On taxe les taxes, c’est un non-sens. Le prix de l’essence augmente, mais les salaires ne suivent pas au même rythme », soutient-il.

Pour aider les automobilistes, M. Vallée croit que le gouvernement devrait au moins cesser de taxer après avoir imposé les autres taxes, ce qui permettrait aux automobilistes de réduire de 10 % leur facture.

Cette diminution est d’autant plus nécessaire selon lui alors que le litre d’essence dépasse les 1,40 $. Le baril de pétrole a d’ailleurs atteint des sommets jeudi que l’on n’avait pas vus depuis 2014.

Pas d’autobus

Jennifer Newton, rencontrée à la même station de service que M. Louis, a fait le choix de troquer son véhicule utilitaire sport (VUS) contre une plus petite voiture pour économiser. Elle essaie aussi de prendre plus souvent l’autobus, mais l’offre n’est pas suffisante.

« C’est compliqué de retourner dans le West Island en autobus. Je n’ai pas vraiment d’autre choix que de prendre mon automobile », raconte-t-elle.

M. Louis remarque aussi qu’avec les nombreuses taxes qui sont à payer sur l’essence, l’offre en transport collectif devrait être améliorée.

« Ma femme se déplace en transport en commun et nous cherchons une maison en banlieue. On s’est rendu compte que dès que tu quittes Montréal ou Laval, c’est plus compliqué », mentionne-t-il.

Richard Waugh, un autre automobiliste, croit que c’est justement en maintenant les prix élevés à la pompe que les conducteurs seront forcés de changer leurs habitudes.

« Je pense que l’essence devrait même être le double. C’est le meilleur incitatif pour le transport en commun. Plus l’essence est chère, plus ils laisseront la voiture, plus il y aura d’usagers et plus on développera le transport collectif », pense-t-il.

 

Taxes payées dans différentes villes canadiennes

1. Montréal: 57 cents/L
2. Québec: 51 cents/L
2. Vancouver: 51 cents/L
3. St. John’s, T.-N.: 48 cents/L
4. Toronto: 45 cents/L
5. Calgary: 36 cents/L
6. Winnipeg: 31 cents/L

(Calcul effectué avec l’essence à 1,45 $/L)

 

Bond du prix du baril de pétrole

Le baril de pétrole a monté jeudi au-dessus des 80 $ pour la première fois depuis la fin de l’année 2014.

Il était en hausse de 90 cents par rapport à mercredi, avant de retomber légèrement en dessous des 80 $.

À pareille date l’an dernier, il évoluait autour de 50 $, ce qui représente une augmentation de 50 % en un an.

Ce bond s’explique notamment par l’incertitude au Moyen-Orient en raison des troubles en Israël et ceux en Iran avec le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire, explique Pierre-Olivier Pineau, professeur et spécialiste des questions énergétiques à l’école de gestion HEC Montréal.

« Quand il y a de l’incertitude, ça crée toujours un peu de panique autour du prix du baril de pétrole. Il se trouve aussi que la demande reste robuste. C’est ce qui arrive quand il y a une forte demande, mais une offre qui devient un peu aléatoire », précise l’expert.

Moins de concurrence

De plus, avec la chute des prix du pétrole à l’automne 2014, il y a eu moins d’investissements dans l’exploration de pétrole.

« On en paie un peu le prix aujourd’hui. Le produit commence à décliner et crée un genre de rareté qui n’est pas compensé par de nouveaux investissements », ajoute le spécialiste.

Plus près de chez nous, M. Pineau signale qu’il y a moins de concurrence entre les détaillants puisque les essenceries s’achètent entre elles et que le nombre de stations-service diminue.

Gros véhicules

Il rappelle également que les ventes de grosses voitures, comme les véhicules utilitaires sport (VUS), qui nécessitent plus d’essence, ont également explosé ces dernières années.

Selon lui, on ne devrait pas voir l’essence revenir à 1 $ ou 1,10 $ le litre tant que les automobilistes ne se rueront pas vers les voitures électriques plutôt que les camions.

 

ba84d3b8-acbc-421b-85fe-44fb1cb28a18

L’automobiliste Jonathan Louis, rencontré jeudi alors qu’il faisait le plein à Montréal, souhaite que les transports en commun se développent plus avec les nombreuses taxes imposées sur l’essence.

Photo Marie-Ève Dumont

Partager votre opinion

En commentant sur ce site, vous acceptez nos conditions d'utilisation et notre nétiquette.

Commentaires des lecteurs