Le mythe de la fiabilité déboulonné

Rien n’est plus difficile ou risqué, pour un journaliste automobile, que de porter un jugement crédible sur la fiabilité d’un véhicule neuf.

Fiabilité

Rien n’est plus difficile ou risqué, pour un journaliste automobile, que de porter un jugement crédible sur la fiabilité d’un véhicule neuf.

 

À lire aussi: La voiture à hydrogène: prochain miracle ou pure utopie?

À lire aussi: Éloge de l'excellente boîte manuelle

 

On peut évidemment remplir des pages sur la beauté de sa carrosserie, ou le contraire. Mais à quoi bon, puisque c’est le client qui décide en fonction de ses goûts?

Le même journaliste sera plus utile en matière de confort, de sécurité, de performance ou de tenue de route. À condition de mettre tout le sérieux et le temps qu’il faut pour produire une évaluation complète et juste. C’est la moindre des choses, quand ton métier est de renseigner les gens de manière objective et professionnelle sur la plus grosse dépense de leur vie.

Parce que l’achat, la location et l’entretien d’un véhicule n’a rien d’un investissement. À moins d’avoir des dizaines de millions pour collectionner les Bugatti des années 30 et les Ferrari des années 60. Vous non plus? C’est ce que je pensais.

C’est pourquoi je suis toujours extrêmement prudent lorsque vient le temps de porter un jugement sur la fiabilité d’un modèle précis. Et tant pis pour ceux ou celles qui trouvent que je ne suis pas assez catégorique ou tranchant.

Je laisse ça aux collègues qui n’hésitent pas à dégainer le sabre pour décapiter un modèle, quand ce n’est pas une marque en entier, sans la moindre nuance. Ça fait peut-être de la bonne radio, de la bonne télé ou de bonnes chroniques, mais ça me fait grincer des dents. Et ce n’est pas le journalisme automobile juste et honnête auquel les auditeurs, spectateurs et lecteurs ont droit, selon moi.

Vérité bien cachée

En fait, si je suis toujours sceptique face à tout renseignement, texte ou classement sur la fiabilité, c’est que dans aucun cas leur auteur n’a eu accès à la vérité entière sur tout véhicule neuf ou récent. Pour la simple et bonne raison que cette vérité est bien cachée, dans les données et statistiques de réparation sous garantie des constructeurs automobiles. Et ces derniers n’ont certainement pas l’intention de les dévoiler.

Si personne ne peut nous présenter toute la vérité et rien que la vérité sur la fiabilité, certains s’en approchent plus que d’autres. Je pense à l’équipe de Protégez-vous et de l’APA qui publie, depuis trente ans, un guide annuel où la notion de fiabilité occupe une place importante. Aussi à Consumer Reports, qui fait la même chose aux États-Unis et que l’on considère, dans ce pays, comme la source d’information la plus influente pour l’achat d’un véhicule, qu’il soit neuf ou d’occasion.

Il y a aussi les sondages et classements publiés par la firme d’analyse J.D. Power, dont quelques-uns s’intéressent directement à la fiabilité. L’étude Vehicle Dependability Study (VDS) publiée en 2017 a examiné, par exemple, la troisième année d’utilisation de près de 40 000 véhicules de modèle 2014. On y apprenait, entre autres, que la marque Mini, encore critiquée chez nous pour la mauvaise fiabilité de ses créations, se pointait 13e sur 31 marques, soit nettement au-dessus de la moyenne, dans un classement dominé (ex-æquo) par Lexus et Porsche, sans grande surprise.

 

Mieux encore, Mini a devancé Lexus et Toyota au classement de l’étude Initial Quality Study (IQS), également menée par J.D Power, qui a évalué la qualité à neuf de 80 000 véhicules de modèles 2017 durant les 90 premiers jours, sur 233 points différents. Ce qui suggère, à tout le moins, que Mini semble avoir encore progressé.

 

La part des choses

Étonnamment ou pas, ces organismes quand même sérieux se contredisent régulièrement les uns les autres, quand ce n’est pas dans leurs propres publications. Consumer Reports a conseillé, par exemple, de laisser passer la première année de production d’un modèle entièrement nouveau et affirmé ailleurs qu’il faudrait se méfier des ennuis qui peuvent se manifester plus tard. Durant la deuxième année de fabrication, par exemple.

Comment se fait-il, également, que le spécial Auto 2018 de Protégez-vous accorde le maximum de cinq étoiles et le titre de Meilleur choix à la Honda Civic, best-seller canadien de l’automobile depuis vingt ans, alors que Consumer Reports lui a retiré sa précieuse mention «recommandée» et la classe seulement neuvième dans cette même catégorie ?

Les raisons évoquées sont pourtant crédibles, de part et d’autre. Consumer Reports s’appuie sur les réponses de 640 000 de ses abonnés et Protégez-vous sur les données colligées par l’APA, qui est toujours sur la ligne de feu en matière de fiabilité. Il est donc toujours sage de consulter les meilleures sources disponibles et de prendre ce qu’on peut y lire ou entendre avec un grain, sinon une petite cuillérée de sel.

En fin de compte, il suffit de ne jamais oublier que dans le monde de l’automobile, le produit neuf est toujours garanti, mais sa fiabilité ne l’est jamais.
 

2f926069-2862-419b-90f4-a0fce38e330b
fb80cbd2-946c-4059-b018-54aa74aac547

Partager votre opinion

En commentant sur ce site, vous acceptez nos conditions d'utilisation et notre nétiquette.

Commentaires des lecteurs