Le Québec, poubelle des automobiles

Des voitures inondées, gravement accidentées, volées et retrouvées, ou encore à l’odomètre trafiqué. Ça vous dit quelque chose?

Le Québec, poubelle des automobiles

Des voitures inondées, gravement accidentées, volées et retrouvées, ou encore à l’odomètre trafiqué. Ça vous dit quelque chose? Pourtant, les routes du Québec en regorgent.

Pourquoi, parce que la Société de l’Assurance Automobile du Québec est «permissive» et ferme les yeux sur l’importation des véhicules jugés inaptes à reprendre la route ailleurs en Amérique du Nord. De ce fait, plusieurs individus et commerçants malhonnêtes y voient un avantage et profitent des lacunes du système pour en passer de «p’tites vites» à plusieurs clients québécois qui n’y voient que du feu, jusqu’à ce que les problèmes surviennent.

S’approvisionner en véhicules usagés chez nos cousins ontariens est, par exemple, monnaie courante. Certains commerçants souhaitant éviter les problèmes n’y ont tout simplement pas recours, alors que d’autres y voient une opportunité d’affaires. Il faut dire que les règles concernant les véhicules accidentés ou à l’historique nébuleux sont drôlement moins sévères chez nous.

On peut par exemple reconstruire au Québec un véhicule déclaré comme perte totale dans d’autres provinces, et l’immatriculer après inspection. Autrement dit, des véhicules jugés inaptes à reprendre la route ailleurs seraient encore bons chez nous. Pas surprenant que certains y voient une industrie profitable. À ce sujet, il est vrai que la SAAQ a récemment resserré les règles, mais ce qui est encore possible de faire au Québec serait tout simplement inadmissible ailleurs au pays.

 

Évidemment, des systèmes comme CarProof, qui relatent l’historique des véhicules accidentés, sont là pour indiquer l’étendue des dommages qu’un véhicule aurait subi et ce, qu’importe sa provenance. Cela dit, il est tout de même possible de contourner les règles en ne déclarant pas l’accident. Par exemple, un véhicule provenant d’une entreprise ontarienne de location à court terme qui aurait été accidenté et pour lequel on n’aurait fait aucune réclamation d’assurance pourrait être racheté directement par un commerçant québécois. Ce dernier pourrait alors le réparer sans grand souci de qualité, pour ensuite le revendre. Et, au passage, trafiquer l’odomètre qui, évidemment, afficherait normalement sur un véhicule de location un kilométrage plus élevé que la moyenne.

Trafic d’odomètre, véritable fléau

Il est difficile de mettre un chiffre sur le nombre de véhicules usagés qui subissent une «cure de rajeunissement». Car, avouons-le, personne ne trafiquera l’odomètre d’une voiture pour en augmenter le kilométrage. L’exercice inverse peut cependant s’avérer très lucratif pour quiconque souhaiterait vendre son ou ses véhicules. Par exemple, une Honda Civic 2013 affichant aujourd’hui 200 000 kilomètres au compteur pourrait ne valoir que 5 000$ ou 6 000$. Or, cette même voiture rajeunie à 80 000 km en vaudrait facilement le double. Et pour effectuer cette «modification», seulement 10 ou 15 minutes suffisent, pour un montant variant entre 200$ et 400$.

 

Au Québec, le kilométrage est uniquement enregistré lorsqu’une voiture est transigée à la SAAQ. Pire encore, on ne se fie que sur la parole du vendeur pour enregistrer ledit kilométrage. Vous pourriez donc déclarer que votre voiture n’affiche que 80 000 km, alors qu’elle en affiche 200 000, et personne ne le saurait, à l’exception des garages qui en ont fait l’entretien, chez qui les ordinateurs ont des traces de votre kilométrage.

Maintenant, et si la voiture provenait de l’Ontario?

Alors là, c’est un jeu d’enfant. Pourquoi? Parce qu’il n’existe aucune centralisation de données entre la SAAQ et son homologue ontarien. Vous pourriez ainsi acheter un véhicule en Ontario, enregistrer le kilométrage que bon vous semble au Québec, et la SAAQ n’y verrait que du feu. Des commerçants malhonnêtes se rendent d’ailleurs dans la province voisine chaque semaine avec des camions pour s’y procurer des voitures à bon compte, les faisant souvent «modifier» sur place.

On les apporte ensuite au Québec où ces véhicules doivent passer une inspection mécanique avant de pouvoir être immatriculer. Et les centres d’inspection noteront bêtement le kilométrage affiché, sans poser de questions, parce qu’il ne s’agit pas de leur mandat. Soyez donc avertis, une voiture vendue par un tiers et provenant d’une autre province a énormément plus de chances d’avoir été trafiquée. Certains spécialistes de l’industrie évaluent même qu’une voiture sur quatre provenant d’ailleurs pourrait avoir été «rajeunie».

 

Y a-t-il des conséquences?

Pour les commerçants ou les particuliers qui se font prendre une première fois à avoir vendu une voiture à l’odomètre trafiqué, on ne parle que d’une tape sur les doigts, tout au plus. Une amende qui ne représente que quelques centaines de dollars, et parfois l’obligation de reprendre le véhicule. Mais encore faut-il en faire la preuve.

Et la grande question n’est pas de savoir si la voiture a été trafiquée, mais bien qui l’a fait. Le problème, c’est que la GRC est responsable d’enquêter sur ce fléau, mais n’a toutefois pas la responsabilité de faire appliquer la loi. Et souvent, parce que les enquêtes coûtent trop cher pour ce qu’elles pourraient rapporter, on laisse bêtement tomber.

De son côté, la SAAQ se met la tête dans le sable et agit pratiquement comme si le problème n’existait pas. Pourquoi? Pensez-y deux secondes. Si vous étiez le Gouvernement du Québec, préféreriez-vous collecter la taxe sur une Honda Civic vendue à 6 000$, ou à 12 000$? Voilà, vous avez votre réponse.

En diminuant la valeur des voitures transigées à la SAAQ parce qu’on aurait enregistré un kilométrage réel lors d’une transaction, on diminue ainsi le montant des taxes applicables sur une transaction. Il faudrait donc être bien naïf pour penser qu’un jour, le Gouvernement lèvera le petit doigt pour contrer ce fléau.

 

En attendant, les malfaiteurs font la fête. On fait appel à des professionnels qui «reculent» des compteurs par milliers, lesquels s’attribuent des territoires et des logiciels informatiques poussés pour trafiquer les véhicules technologiquement plus complexes. L’industrie le sait, la police aussi, et on laisse aller. C’est donc le consommateur qui, en se procurant un véhicule d’occasion, doit redoubler de prudence pour s’assurer de l’historique du véhicule qu’il souhaite se procurer.

Pour ce faire, mettez les chances de votre côté. Faites sortir le rapport CarProof, s’il y a lieu. Allez à la SAAQ pour obtenir l’historique des transactions. Si la voiture est passée entre les mains de plusieurs individus ou compagnies en peu de temps, poussez-vous en courant!

Téléphonez également au service à la clientèle du constructeur automobile. Ce dernier sera en mesure de vous informer sur la date de mise en service du véhicule, sur l’endroit où il a été acheté ainsi que sur les rappels et les réclamations de garantie. Vous pourriez ensuite téléphoner au concessionnaire qui l’a vendue pour savoir si la voiture y a été adéquatement entretenue. Aussi, rendez-vous sur le site du RDPRM (registre des droits personnels réels et mobiliers) qui vous confirmera pour quelques dollars que la voiture que vous souhaitez acheter est libre de toute dette ou lien financier. Ces devoirs vous prendront quelques heures, mais pourraient vous éviter bien des problèmes.

L’inspection mécanique? Pas pour nous

En terminant, sachez que dans la plupart des provinces canadiennes, une inspection mécanique est obligatoire chaque fois qu’une voiture change de propriétaire. Même au sein d’une même famille.

Au Québec, il n’y a rien de cela. On ne l’applique que lorsqu’une voiture provient de l’extérieur de la province, ou dans le cas de voitures gravement accidentées, connues sous le nom de VGA. Pas surprenant que de véritables cancers roulants soient en circulation ici plus que n’importe où ailleurs. Faut-il rappeler que cela a un impact sur notre environnement (aucune inspection des systèmes antipollution), mais aussi sur la sécurité des automobilistes en général. En effet, les voitures en mauvaise condition mécanique sont davantage susceptibles d’être impliquées dans des accidents, qu’on attribue ironiquement trop souvent à des excès de vitesse.

Parce que pour certains, ce n’est pas la vitesse qui tue, mais bien la négligeance.

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