Sylvain Larocque

Un autre fleuron passe sous propriété étrangère: la Caisse et le Fonds FTQ empochent plus de 1G$

Le Québec perd le contrôle d’un autre de ses fleurons industriels avec la vente à Michelin du fabricant de chenilles et de pneus Camso, dont les racines remontent à Bombardier. La Caisse de dépôt et le Fonds de solidarité FTQ empocheront plus d’un milliard de dollars dans l’opération.

GEN-L'association de Michelin et de Camso

Le PDG de Michelin, Jean-Dominique Senard (à gauche), et le président du conseil de Camso, Pierre Marcouiller, se sont rendus à Montréal et à Magog jeudi pour annoncer la transaction.

Photo Agence QMI, Mario Beauregard

Le Québec perd le contrôle d’un autre de ses fleurons industriels avec la vente à Michelin du fabricant de chenilles et de pneus Camso, dont les racines remontent à Bombardier. La Caisse de dépôt et le Fonds de solidarité FTQ empocheront plus d’un milliard de dollars dans l’opération.

La multinationale française versera 1,9 G$ pour mettre la main sur l’entreprise de Magog, dans les Cantons-de-l’Est. La Caisse, qui possède 36 % de l’entreprise, touchera donc 688 M$, tandis que le Fonds FTQ, qui en détient 24 %, recevra 458 M$.

Pour le Fonds, qui avait investi 51 M$ dans Camso en 2005, le rendement dépasse les 800 %. Quant à la Caisse, actionnaire depuis 2000, elle évaluait son placement dans l’entreprise à un montant entre 150 et 300 M$ à la fin de 2016, de sorte que son rendement pourrait atteindre 359 %.

« C’est l’option qui semblait la plus intéressante pour permettre à l’entreprise de poursuivre sa croissance et pour lui donner accès à une plateforme mondiale », a justifié Yann Langlais-Plante, porte-parole de la Caisse.

Il part avec des millions

Le président du conseil d’administration de Camso, Pierre Marcouiller, encaissera 191 M$ grâce à sa participation de 10 %. L’homme d’affaires quittera l’entreprise une fois la transaction conclue, après y avoir passé 18 ans. C’est l’Allemand Thomas Böttcher qui en est le PDG depuis l’an dernier.

Pour M. Marcouiller, le contrôle québécois de l’entreprise importait moins que son développement à long terme.

« La propriété, pour moi, ce n’est pas l’essence, a-t-il soutenu. L’essence, c’est de développer des emplois, des connaissances et de nous développer comme peuple. On a réalisé plus que ce qu’on pensait possible de réaliser et là on s’en va vers un autre rêve. Je suis extrêmement fier de laisser l’entreprise dans des conditions comme ça. »

Difficile

Avec Camso, Michelin deviendra le leader mondial sur les marchés « hors route ».

Les géants japonais (Yokohama) et suédois (Trelleborg) ayant mis la main sur deux concurrents de Camso ces dernières années, il était devenu plus difficile de trouver des cibles d’acquisition, a expliqué Pierre Marcouiller.

« Si on avait voulu le faire soi-même (devenir numéro un mondial), ç’aurait été 10 ou 15 ans de plus d’effort et est-ce qu’on aurait réussi ? Je ne le sais pas », a-t-il fait valoir.

Il faut dire que Camso est déjà en position de tête dans les secteurs des pneus pleins pour chariots élévateurs, ainsi que dans les systèmes de chenilles pour l’agriculture, les motoneiges et les véhicules tout terrain.

Michelin entend dégager des synergies de 72 M$ avec l’intégration de Camso, mais assure qu’il n’est pas question de couper dans les quelque 300 salariés que l’entreprise compte au Québec.

Comme Michelin entend transférer au Québec la direction de sa division des produits hors route, le géant a promis « la création de nouveaux emplois de qualité dans la région de Magog », sans toutefois donner plus de détails.

« Comme le monde est compliqué et dangereux, personne n’est sûr d’une pérennité dans les années qui viennent. Il vaut mieux être ensemble et forts », a plaidé le PDG de Michelin, Jean-Dominique Senard, en insistant sur les liens culturels entre la France et le Québec.

« N’ayez pas peur », a-t-il conclu.

Ce qu’ils ont dit

« On ne perd aucun emploi. On en gagne »

– Philippe Couillard, premier ministre du Québec

« On aimerait ça être rassuré. Quand la Caisse a donné son accord à la transaction, quels genres de garanties a-t-elle demandées et obtenues ? »

– Alain Therrien, porte-parole du Parti québécois en matière d’économie

« Cette transaction semble à première vue profitable »

– François Bonnardel, porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière d’économie

« Est-ce que le fait que Camso soit achetée par une firme multinationale va amener des difficultés potentielles ? C’est sûr que les gens ici se posent la question. »

– Pierre Reid, député libéral de la circonscription d’Orford à l’Assemblée nationale du Québec

« Je n’ai pas de boule de cristal, mais c’est une bonne nouvelle »

– Vicki-May Hamm, mairesse de Magog

Camso en bref

  • Revenus de 1,3 G$
  • Profits nets de 90 M$
  • 7500 employés dans 26 pays, dont 5500 au Sri Lanka et 300 au Québec
  • 17 usines
  • 3 centres de R & D
  • Distribution dans 100 pays

Du Michelin dans votre Ski-Doo !

Longtemps connu sous le nom de Camoplast, Camso est née en 1982 avec la reprise d’usines appartenant jusque-là à Bombardier. Ces installations produisaient notamment les célèbres dameuses de pistes de ski BR-400, des déneigeuses de trottoir, des pièces en polymère et des chenilles en caoutchouc pour les motoneiges et d’autres véhicules.

Ces dernières années, Camso a vendu ses divisions de dameuses et de véhicules commerciaux sur chenilles au constructeur italien Prinoth. L’entreprise a aussi cédé ses divisions de pièces en polymère aux PME québécoises Roski et Exo-s pour se recentrer sur les chenilles et les pneus avec l’acquisition du fabricant luxembourgeois Solideal, en 2010.

En achetant Camso, Michelin met donc la main sur le plus important fabricant de chenilles pour motoneiges au monde. Ça veut donc dire que votre prochaine motoneige de marque Ski-Doo, Yamaha ou Polaris pourrait être propulsée par du Michelin, comme votre auto !

Autres fleurons vendus à des étrangers

TM4 | Juin 2018

L’équipementier américain de l’Ohio Dana achète la filiale d’Hydro-Québec TM4 de 130 employés qui conçoit et commercialise son moteur électrique. Dana paye 165 millions $ pour 55 % de l’entreprise.


Canam | Avril 2017

Le fonds d’investissement américain American Industrial Partners (AIP) de New York met la main sur le Groupe Canam de 4650 employés pour 875 millions $.


C Series – Bombardier | Octobre 2017

Le constructeur européen Airbus de Toulouse prend 50,01 % de la C Series de 2000 employés conçue et développée au Québec. Bombardier garde 34 % des parts, et Investissement Québec 16 %.


Atrium | Décembre 2017

La multinationale Nestlé, dont le siège social est à Vevey, en Suisse, avale la firme de produits naturels Atrium de 1400 employés pour 2,9 milliards $.


Rona | Février 2016

Le géant Lowe’s, dont le quartier général se trouve en Caroline du Nord, achète le quincaillier Rona de 22 000 employés pour 3,2 milliards $, quatre ans après avoir refusé sa proposition hostile de 1,8 milliard $.


Cirque du Soleil | Avril 2015

Le fonds américain TPG du Texas achète le Cirque du Soleil de 1400 employés (60 %) avec l’investisseur chinois Fosun (20 %). Le reste va à la Caisse de dépôt et placement du Québec (10 %) et à Guy Laliberté (10 %).

– En collaboration avec Francis Halin

 

 

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