Gare aux grandes roues, vous n’en avez pas vraiment besoin

Les grosses roues sur votre voiture sont bien jolies en photo, mais elles viennent avec leur lot de problèmes.

Roues

Jetez un coup d’œil aux photos du plus récent salon de l’auto. Vous remarquerez sûrement que les modèles les plus spectaculaires sont également ceux qui ont les plus grandes roues. C’est immanquable.

Parce que les stylistes ont compris que leurs prototypes sont toujours plus beaux et plus chics avec des roues immenses et l’équivalent de gros élastiques noirs en guise de pneus. Et c’est pire encore sur leurs esquisses, qui ont l’air de vraies caricatures.

 

La chose est encore plus vraie pour les utilitaires, parce que des roues plus grandes permettent d’équilibrer la masse et la hauteur plus importantes de ces véhicules. La taille des roues augmente aussi invariablement avec le prix, quel que soit le type de véhicule et l’effet sur le comportement, la consommation et le reste. Victimes consentantes de la mode.

Et si le prototype aux grandes roues connaît un succès monstre dans les salons, le constructeur a intérêt à ce que le modèle de série lui ressemble le plus possible. Y compris pour les roues. Que les ingénieurs se débrouillent pour que la nouvelle merveille ait une tenue de route, un roulement et un agrément de conduite convenable.

La quadrature des roues

À vrai dire, les ingénieurs ne cessent de multiplier les miracles, si l’on considère que le gabarit et le poids des véhicules les plus populaires augmentent au même rythme que la taille de leurs roues. Et vice-versa.

Cela dit, les roues d’alliage ont quand même leur raison d’être. Elles sont apparues en course parce qu’elles sont plus légères et améliorent la tenue de route en aidant la suspension à maintenir le pneu en contact avec la surface d’asphalte ou de béton. Leur diamètre a augmenté pour installer des freins de plus en plus grands et bien les refroidir. On les a chaussées de pneus de plus en plus larges, aux flancs de plus en plus bas, pour augmenter l’adhérence en virage et la précision de la direction en courbe.

Si les pneus de taille 35 (hauteur du flanc égale à 35 % de la largeur de la bande de roulement) étaient réservés aux pures voitures de course il n’y a pas si longtemps, on en retrouve maintenant sur plein de sportives dument immatriculées.

La nouvelle Corvette ZR1 roule même sur des pneus arrière de taille 25, larges de 335 mm et montés sur des roues de 20 pouces.

 

Parfait pour un circuit où la surface est lisse. Beaucoup moins pour la route où il n’y a qu’un flanc de 84 mm en caoutchouc quasi rigide pour protéger la précieuse roue du moindre choc. Imaginez les dommages dans un nid-de-poule québécois.

Périls ordinaires

Pas même besoin d’un exemple aussi extrême. L’hiver dernier, un collègue a subi une crevaison en croisant un nid-de-poule dans une Toyota Camry XSE roulant sur pneus de taille P235/40R19. La semaine suivante, un autre se tapait deux crevaisons d’un coup, à cause d’un seul nid-de-poule, dans une Kia Stinger roulant sur des P225/40R19 quasi-identiques. 

 

Un troisième conducteur a carrément cassé une roue d’alliage sur un autre de ces satanés cratères, dans une Subaru WRX qui chausse des pneus de taille 245/40 sur roues de 18 pouces. On est pourtant loin de la méga-Corvette.

Et ça n’arrive pas seulement l’hiver. Il y a deux jours, je me suis retrouvé avec deux pneus droits dégonflés, sans cause apparente, dans une Mercedes-AMG GLA 45 chaussée de pneus de taille P235/40 sur des roues de 20 pouces. Avec des flancs aussi bas et rigides, je n’ai rien senti avant d’arriver à destination après un trajet de quelques kilomètres, en ville. Sauf que ça cognait vraiment sec sur la moindre fente ou bosse.

Par chance, un seul des deux pneus était complètement à plat. Après un regonflage complet (merci encore, les enfants, pour le compresseur portatif), je me suis résigné à utiliser la bonbonne de scellant et le compresseur qui se trouvaient dans la soute. Eh non; pas de roue de rechange, même compacte. Comme dans un grand nombre de véhicules neufs, d’ailleurs. Surtout quand les roues sont plus costaudes.

 

La rançon de la mode

Autre preuve que les grandes roues et les pneus à taille basse sont une question d’esthétique plutôt que de tenue de route et de freinage, la Hyundai Accent GLS, le modèle le plus cossu de cette série de compactes, roule sur des P205/45R17 alors que ses sœurs plus modestes, les L et GL, se contentent de P185/65R15.

L’ennui, avec les grandes roues et les pneus à taille basse, c’est que le roulement est plus dur ou carrément sec, si la suspension n’est pas adaptée parfaitement. Les pneus larges louvoient dans les ornières, augmentent le coefficient de traînée et, du même coup, la consommation, puisque leur résistance au roulement est plus grande. Ils sont également plus portés à l’aquaplanage et plus difficiles à conduire sur la neige et la gadoue. Sans compter que les pneus d’hiver de même taille sont plus chers.

Songez aussi que les grandes roues sont beaucoup plus vulnérables lorsque vous stationnez le long d’une chaîne de trottoir, puisqu’elles ne sont pas protégées par un flanc de caoutchouc plus haut et bombé. Sûr et certain que la première écorchure, sur vos précieuses roues d’alliage, vous brisera le cœur. Sinon le portefeuille.

Et si vous décidez quand même de vous offrir les roues optionnelles avec pneus à taille basse, faites-le pour le plaisir, en toute connaissance de cause. Je vous suggère alors de vous méfier des nids-de-poules et de rester aussi loin que possible des chaînes de trottoir. Un abonnement au CAA ou tout autre service d’assistance routière est sans doute aussi une bonne idée.

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Chevrolet Corvette

Frédéric Mercier

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