Ces électriques qui font jaser

Il ne suffit de reculer qu’en 2009 (c’était hier) pour réaliser qu’à ce moment, aucune voiture électrique n’était offerte sur le marché canadien. La situation a bien évolué depuis.

Nissan Leaf

Nissan

Il ne suffit de reculer qu’en 2009 (c’était hier) pour réaliser qu’à ce moment, aucune voiture électrique n’était offerte sur le marché canadien. En effet, les Mitsubishi i-MIEV, Nissan Leaf et smart fortwo étaient alors sur le point de débarquer chez nous, sans que grand-monde ne s’y intéresse. D’ailleurs, lors de leur arrivée, à peu près personne ne les prenait au sérieux.

 

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Évidemment, les temps ont changé. L’électrique a fait ses preuves, les hybrides enfichables se sont multipliées, et comme il fallait s’y attendre, le coût du litre d’essence a grimpé, incitant de plus en plus d’automobilistes à songer à une solution alternative. Ajoutons également que le scandale Volkswagen, aujourd’hui baptisé «Dieselgate», a largement contribué à brasser la cage des constructeurs allemands, qui jusque là, avaient mis tous leurs efforts dans cette technologie soi-disant verte... 

La faute aux Gouvernements

Évidemment, les Gouvernements sont les responsables du développement des véhicules zéro émission. Qu’il s’agisse d’électricité ou d’hydrogène, il faut d’abord remercier la Californie et certains autres États d’avoir forcé les constructeurs à prendre cette direction. N’eût été des normes CAFE (Corporate Average Fuel Economy), l’air que nous respirons serait sans doute beaucoup plus nocif.

Le Québec peut aussi être fier de ses efforts en matière d’électrification des transports, et ce même s’il est vrai qu’on aurait pu mieux faire. Il faut dire qu’une des plus grandes richesses de notre province demeure l’hydro-électricité, ce qui conséquemment, explique l’intérêt du Gouvernement à développer cette industrie. Voilà d’ailleurs une des raisons pour laquelle chaque acheteur d’une voiture électrique bénéficie au Québec d’un crédit de taxes pouvant atteindre 8 000$. Une solution coûteuse, mais viable, récemment abandonnée par l’Ontario et qui n’aura pour effet que de faciliter l’accès des Québécois à certains modèles électriques fort convoités, comme la Nissan Leaf ou la Hyundai Ioniq. Pourquoi? Parce que ces électriques commandées par les concessionnaires ontariens et qui, pour cause d’abandon de subvention, ne trouveront plus preneur, risquent fort de se retrouver chez nous.

Où en sommes-nous?

Au moment d’écrire ces lignes, je suis à faire l’essai de la nouvelle Nissan Leaf. Grosso modo, l’électrique la plus efficace en 2018, non seulement pour son autonomie raisonnable d’environ 250 kilomètres, mais aussi parce qu’elle est pratique, amusante et relativement abordable.

D’accord, elle n’offre pas l’autonomie de la Chevrolet Bolt, mais la Leaf est vendue à 10 000$ de moins et surpasse de loin sa rivale américaine en matière de confort, de luxe et de commodités. Bref, nous y sommes. L’électrique devient de plus en plus conviviale, efficace et abordable. Encore quelques années, et nous aurons atteint une autonomie équivalente à celle des voitures à essence pour la plupart des électriques, et ce même si 80% des automobilistes n’en ont pas besoin.

Ces jours-ci, les constructeurs automobiles annoncent d’ailleurs tour à tour leur passage à l’électrique, comme s’il s’agissait soudainement d’une nouvelle bataille. Pensons à Volvo qui promet du 100% électrique pour chacune de ses gammes d’ici 2020 ou à Mercedes-Benz qui ne proposera pas moins de 10 nouveaux modèles électriques d’ici 2022. Et Mazda? Euh...rien !

Cela dit, attendez-vous à voir débarquer d’ici quelques années une panoplie de nouveaux modèles, incluant une majorité de VUS et multisegments qui pourront certainement plaire à une large clientèle. La plupart des modèles seront coûteux, mais certains constructeurs iront aussi de solutions plus «grand public». D’ailleurs, le très attendu Hyundai Kona Electric risque fort de devenir pour la prochaine année, l’électrique le plus en vogue. En espérant bien sûr que les inventaires ne soient pas trop limités. 

Que des électriques d’ici 2030?

En pleine campagne électorale, le parti de Québec Solidaire annonce vouloir éliminer la vente de voitures à essence d’ici 2030. Un engagement bien audacieux, voire idéaliste, provenant de gens qui selon moi, n’ont clairement pas une idée globale des besoins des automobilistes québécois.

Est-ce que le pourcentage de voitures électriques pourrait augmenter de façon significative au cours des prochaines années? Bien sûr!  J’ose même croire que d’ici seulement cinq ou six ans, certains constructeurs vendront une majorité de voitures électriques au Québec. Maintenant, et malgré son expertise en la matière, la province de Québec est loin d’être équipée pour faire face à la recharge de plusieurs millions de véhicules électriques, d’un seul coup. Et il faudra clairement plus que quelques années pour qu’Hydro-Québec, qui nous demande ironiquement par temps froid de minimiser notre consommation d’électricité, soit armée pour faire face à la musique.

De plus, il faut comprendre que l’objectif d’éliminer la voiture à essence tient de la pensée utopique. Parce que le Québec, parcelle d’un pays considéré par la plupart des constructeurs automobiles comme un 51e État, ne pèse pas lourd dans la balance. Comprenez par cela que Québec Solidaire n’est certainement pas en mesure de dicter quels véhicules fabriquer à GM, Volkswagen ou Toyota. À ce jeu, la Californie a clairement plus d’impact. Mais encore, il n’est pas pour eux question d’éliminer complètement la voiture à essence de l’équation, tout simplement parce que les enjeux sont trop importants. 

Pensez aux emplois du secteur automobile actuellement en place, aux industries pétrolières, aux taxes que perçoivent les gouvernements sur chaque litre d’essence vendu. Pensez aussi au réseau électrique, déjà embryonnaire au Québec, mais quasi inexistant dans la plupart des autres provinces canadiennes ou États américains, parce qu’à certains endroits, l’électricité est une denrée rare et coûteuse. Et surtout, pensez à la moyenne des Nord-Américains, qui n’ont clairement pas la même vision des choses, et qui n’accepteront certainement pas de troquer leur F-150 à moteur V8 pour une voiture ou camionnette électrique. Et puis...n’oublions pas Trump!

Il faudra donc une volonté globale des gouvernements, à l’échelle nord-américaine, pour que la voiture électrique fasse sa place, comme elle le fait actuellement dans certains pays scandinaves. Et parce que les habitudes et la culture des Nord-Américains doivent être changées, ce passage obligé à l’électrique se fera sur une période extrêmement longue.

Comprenez aussi que la densité de la population des Nord-Américains par rapport à la Scandinavie impacte sur la capacité à changer de cap, quel qu’en soit l’objectif. Parce qu’on ne prend pas une décision dans une PME de la même façon qu’on le fait dans une multinationale. 

L’auto électrique: une secte?

Alors oui, j’aime les voitures électriques. Et j’aime aussi les voitures à essence. En fait, j’aime les voitures, point ! De la Ford Model T à la Tesla, en passant la Bugatti Chiron jusqu’à la Hyundai Pony. Je les aime toutes. Et je suis d’avis que voitures à essence et électriques peuvent cohabiter pour servir adéquatement la totalité des automobilistes qui, bien sûr, n’ont pas tous les mêmes besoins.

Cela étant dit, je reçois en moyenne via ma page Facebook (Antoine Joubert – Chroniqueur Auto) une trentaine de messages par jour. Majoritairement des questions ou des commentaires du public.

À travers ceux-là, quelques messages de gens qui sont en désaccord avec mon opinion sur un modèle, dans lesquels on peut parfois m’insulter. Et jusque là, ça va. Ça fait partie du boulot! Je ne vous cacherai pas que certains sont parfois désobligeants, mais il m’arrive souvent de détecter la haine d’un vendeur qui n’a pas pu vendre le modèle en question, parce que l’acheteur avait entendu ou lu mes propos. Alors, un demi-mal...

Par contre, je peux vous affirmer que certains individus qui ont choisi de faire de l’auto électrique un mode de vie sont souvent les plus irrespectueux. On me traite de dinosaure, d’imbécile, d’ignorant, parce que je contribue sans doute à la vente et à la prolifération des voitures à essence. Et aussi, parce que je m’affiche au volant de ma Mustang ou de mes vieilles guimbardes, qui ne roulent que quelques milliers de kilomètres par année. 

Ces personnes m’écrivent aussi des romans qui expliquent leur pensée, souvent idéalistes, en tentant par tous les moyens de me prouver que 99% des automobilistes sont des «nazis pour la planète». Voilà un terme que j’ai pu lire dans un récent message. À croire que Raël s’est converti en représentant de l’auto électrique et que ses quelques disciples prennent tous les moyens nécessaires pour me faire avaler leur point de vue...

Alors, message à ces gens qui rêvent d’une planète plus verte, plus zen, empreinte de quiétude et d’air pur, et qui tentent maladroitement de faire passer leur message. Prenez une tisane, ou un cognac! Mais respirez par le nez.

La question environnementale est viable, mais ne se traite certainement pas de façon haineuse ou irrespectueuse. Heureusement, ceux qui se sont convertis à l’électrique n’ont pas tous des fusils dans les yeux lorsqu’ils croisent une Honda Civic ou une Dodge Grand Caravan. Ils sont certes passionnés, souvent impressionnés et adorent plus que la moyenne partager leur opinion ou leurs exploits en termes d’autonomie, de rendement. Et ça, ça me va! Je dirais même que j’ai soif de ces informations. Mais de là à condamner à la chaise électrique (!) la grande majorité des automobilistes, sous prétexte qu’ils ont une carte Petro-Points, il y a des limites...

En terminant, à quand la voiture électrique dans mon garage? À cette question, je réponds qu’elle s’y trouve déjà environ une semaine par mois. Puisque dans le cadre de mon travail, je m’efforce de mettre à l’essai une électrique ou hybride toutes les quatre ou cinq semaines. Un pas dans la bonne direction, non?

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