La magie tranquille du road trip

La beauté, avec un road trip, c’est qu’il n’y a pas de normes, pas de critères, pas la moindre règle stricte.

Roadtrip

Embrayage, capot, amortisseurs, pare-chocs, ça se passe en français maintenant, dans l’automobile, chez nous. Impossible, pourtant, de trouver mieux que l’expression road trip pour parler d’un phénomène qui est né avec elle, il y a plus d’un siècle.

 

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D’abord parce que ces deux mots d’anglais déboulent trop bien sur la langue, avec comme une petite culbute à la fin. Ensuite, parce qu’ils décrivent mieux cette pratique que les mots balade, promenade et même voyage. Et enfin, parce que c’est une invention américaine, mettons nord-américaine, après tout.

Pour la simple raison qu’il y a trop de monde, trop de voitures, trop de courbes, trop de routes étroites pour ça, en Europe ou en Asie. Il n’y a pas ces distances folles, ces étendues désertes ou truffées d’arbres, ces lignes droites interminables qui pointent vers l’horizon, à perte de vue. Il n’y a pas ces routes et autoroutes qui sillonnent et découpent ce continent, de long en large, sur des milliers de kilomètres.

 

Improvisation libre

La beauté, avec un road trip, c’est qu’il n’y a pas de normes, pas de critères, pas la moindre règle stricte. Pas de distance minimale ou maximale non plus, bien qu’une virée en Californie, à Memphis ou à Blanc-Sablon risque d’être plus riche en histoires et anecdotes qu’un tour de char à Saint-Jérôme, un bel après-midi d’été, en partant de Laval.

Ça peut faire un excellent road trip, remarquez, si on se lance au volant d’une Ford Modèle T 1911 avec une bouteille d’eau et deux ou trois outils dans un petit coffre en plastique. Parce que le choix du véhicule est parfaitement libre, lui aussi.

Comment oublier, d’ailleurs, le film The Straight Story (une histoire vraie) de David Lynch, dans lequel le héros, Alvin Straight, parcourt 400 kilomètres au volant de son petit tracteur-tondeuse John Deere 110, vieux de trente ans, pour aller rendre visite à son frère malade? La preuve que les road trips se suivent et ne se ressemblent jamais.

 

 

En toute logique, il est quand même préférable de partir dans une familiale confortable que dans un camion-bétonnière, surtout si le malaxeur est plein. Entre ces deux extrêmes, le choix est presque infini et l’état de la machine devient vite plus important que son âge.

 

Seul ou avec d’autres

On peut partir à deux. On peut partir à quatre. On peut partir à six ou à huit. C’est fait pour ça, les fourgonnettes. On peut partir tout seul, aussi. J’ai fait des dizaines de milliers de kilomètres à me rendre à des courses de toutes sortes en solo.

J’ai filé aussi au Salon de l’auto de Détroit par tous les temps, en plein hiver, avec une boîte de cassettes ou un paquet de CD. Et plus tard, un iPod. Avec aussi un sac de bébelles et d’outils pour les dépannages, une petite glacière et une pelle. J’ai fait le même trajet vers Détroit en duo, à trois et à quatre, avec autant de plaisir. Tellement mieux que de prendre l’avion.

En road trip, on peut s’arrêter partout, pour la moindre bizarrerie ou le plus beau petit coin de pays. Ou alors rouler continuellement, de jour comme de nuit, en écoutant sa musique ou n’importe quel morceau trouvé à la radio. Parce que la musique est très souvent (OK, toujours) un ingrédient essentiel pour un road trip réussi. Même sans chaîne audio à dix-neuf haut-parleurs.

Chi va piano va sano

Une fois sorti des grandes villes et de leur circulation chaotique et frénétique, on prend tranquillement le «beat» de la route. Les grandes autoroutes, surtout, sont comme des fleuves où la constance est plus importante que la vitesse. Où les camions-remorques sont comme des cargos et les autobus des paquebots qu’on double, un par un. À moins qu’ils roulent en double file, bien sûr. Là, on attend.

D’ailleurs, en Amérique du Nord, partout ou presque, on oublie le fantasme de l’autobahn, avec ses sections sans limites de vitesse. Parce qu’on s’en fout éperdument, de la vitesse, quand on «roadtrippe». On regarde, on écoute, on jase, on médite, on pense. À toutes les choses imaginables. Ou alors, on en invente de nouvelles. C’est fait pour ça, aussi.

Les meilleurs road trips, selon moi, ne sont pas trop organisés, prévus ou planifiés. Ni horaire, ni itinéraire, ni réservation. Pas trop d’équipement non plus. On peut même partir sans la moindre destination en tête et l’aventure se transforme instantanément en nowhere, version particulièrement intéressante du road trip.

 

Vous pensez que c’est bon seulement pour les jeunes? Détrompez-vous. Je suis parti avec ma dulcinée, il y a quelques années, et au premier stop à Longueuil on s’est demandé: on tourne à gauche ou à droite? Après quelques jours, plusieurs centaines de kilomètres et un crochet par le nord du Maine, qu’on n’avait jamais visité, on a traversé Moncton et remonté tranquillement le merveilleux fleuve Saint-Jean, qu’on connaît trop peu, vers la Matapédia et le Québec. Le beau plaisir qu’on a eu.

Finalement, la seule chose qui compte, dans un road trip, c’est de se décider et de partir. Le reste vient tout seul. C’est une bonne idée de vérifier l’huile et la pression des pneus, aussi.
 

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