J’ai signé le Pacte malgré mon métier énergivore

Quand le «Pacte pour la transition écologique» a été annoncé, j’ai vu une présentation qui comptait plus de vedettes que n’importe quel gala.

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Quand le «Pacte pour la transition écologique» a été annoncé, j’ai vu une présentation qui comptait plus de vedettes au centimètre carré que n’importe quel gala.

Une semaine plus tard, lorsque la controverse a éclaté autour du voyage dans l’espace de Guy Laliberté, du prétendu VUS de la députée Catherine Dorion et de bien autre chose, j’étais dans un Boeing qui filait à 10 kilomètres d’altitude et une vitesse de 1 000 km/h. Ce qui n’est pas le summum de l’écologie.

Encore moins parce que je me rendais à Malaga en Espagne, via Paris, pour conduire la nouvelle Audi R8, une grande sportive de 611 chevaux. Rien de moins. J’aurais trouvé facilement des milliers de passionné(e)s pour me remplacer, mais pour moi, cela fait partie du métier que je fais depuis 36 ans. À peine 47 heures plus tard, j’étais dans un autre Boeing qui atterrissait à Dorval. Un record de brièveté que j’espère ne jamais battre.

Ces courts voyages, dont l’objet est rarement aussi exotique, sont plutôt exigeants physiquement. Vous comprendrez facilement que je ne pourrai jamais m’en plaindre. J’ai déjà voyagé plus, mais également beaucoup moins, selon les mandats et les exigences de mon drôle de boulot. J’aurai parcouru environ 90 000 km en avion cette année alors que certains collègues dépasseront le cap des 200 000 km et qu’une poignée frôlera les 300 000 km.

Comment diable concilier ce genre de bilan avec le moindre souci écologique, même si ces déplacements, auxquels s’ajoute le carburant consommé pour des dizaines d’essais, sont motivés par le travail?

 

Pour agir maintenant

Comme vous, sans doute, en entendant parler du Pacte, je me suis posé la question: et moi, je fais quoi? Comme simple citoyen, l’outil de calcul du Fonds mondial pour la nature (ou WWF) me dit «Félicitations, c’est parfait, vous pouvez être fier de vous» en m’apprenant que j’émets 7,37 tonnes de CO2 par année et qu’il ne nous faudrait que 1,69 planète si on vivait tous comme ça. OK, je recycle, je mange bio et local le plus possible et j’ai une sainte horreur du gaspillage. Je suis également passé du mazout à l’électricité pour chauffer notre grande et vieille maison il y a longtemps, mais je ne suis certainement pas parfait.

Un autre outil, celui du Global Footprint Network, me dit qu’il faudrait plutôt 6,4 planètes avec des zigues comme moi. Simplement parce que celui-là tient compte des heures passées dans un avion de ligne. J’aurai effectivement passé environ 130 heures en l’air cette année, pour me rendre à des présentations, essais et salons automobiles, comme journaliste.

 

Sur la liste des quelques centaines de premiers signataires du Pacte, je fus étonné de trouver plein de scientifiques, de chercheurs et de professeurs. Des gens éminemment sérieux, attachés à nos plus grandes écoles, organisations et universités. Parce que certains ont claironné tellement fort qu’il s’agissait d’un mouvement mené par des  artistes.

L’auteur et metteur en scène Dominic Champagne, l’instigateur et le catalyseur du Pacte, a pourtant affirmé clairement, dans les dizaines d’entrevues qu’il a données, que son plus grand souhait était de voir nos gouvernements fonder leurs décisions, leurs politiques et les gestes qu’ils allaient poser strictement sur la science.

Boucler une première boucle

C’est ce que j’ai choisi de faire aussi en signant ce Pacte par lequel je m’engage à réduire mon empreinte de carbone «à la mesure de ma réalité et de mes capacités», pour reprendre le texte de cet engagement. Il y a plein de manières de le faire, mais j’ai choisi en premier lieu une démarche dont la valeur et l’impact sont reconnus par les meilleurs experts et spécialistes.

J’ai donc décidé d’acheter des crédits carbone pour compenser ma part des émissions de GES pour ces vols, mais également pour les essais menés lors de ces événements. Quant aux 60 véhicules essayés chez nous, je paye déjà une taxe carbone pour l’essence que j’y ajoute.

Le logiciel du Fonds d’action québécois pour le développement durable (FQAQDD) décrète que j’ai produit 12,8 tonnes de CO2 et celui de Carbone Boréal me promet de planter 92 arbres pour les compenser. Coût total: 358,68$ que je compte défrayer en échangeant des points de fidélisation reçus pour ces mêmes vols. Comme ça, la boucle sera bouclée. J’imagine les petites forêts que pourraient faire planter les plus ardents globe-trotters parmi mes collègues. Je les mets au défi de le faire.

On ne s’achète pas une bonne conscience de cette manière. J’essaie seulement d’être conséquent, dans un métier qui se transforme aussi rapidement que l’industrie automobile elle-même. Parce que je devrai faire beaucoup plus pour que mes petits-enfants, ces deux mini-tornades blondes, aient la moindre chance de vivre aussi bien sur cette planète que le privilégié que je suis. Comme vous, d’ailleurs, sûrement.

Ces deux-là adorent les voitures, les camions, les trains et les avions, en plus...
 

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