Les VUS ont gagné

D’ici un an, 14 700 employés de General Motors perdront leur emploi.

VUS

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D’ici un an, 14 700 employés de General Motors perdront leur emploi.

Des emplois lucratifs, qui coûteront cher à l’économie des villes affectées par les fermetures d’usine, ce qui inclut Oshawa en Ontario. Le premier constructeur américain, qui joue de prudence pour ne pas se retrouver une fois de plus au bord du gouffre, affirme que ces coupures permettront de réaliser des économies de 6 milliards de dollars par an, et ce dès 2020.

 

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Ainsi, on pourra investir massivement (dit-on) dans le développement et la fabrication de véhicules électriques ou hybrides à autonomie prolongée, que GM compte multiplier au fil des ans. D’ailleurs, pas moins de deux nouveaux modèles GM 100% électriques seront offerts d’ici 2020, lesquels s’additionneront à la Bolt, déjà en place.

 

Il est donc clair que des investissements massifs sont nécessaires afin que GM parvienne à ses fins. Pourtant, les ventes de véhicules électriques demeurent symboliques. Peut-être pas au Québec où les consommateurs sont de plus en plus conscientisés et où les ventes de véhicules enfichables sont en hausse constante. Or, rares sont les Texans (par exemple) qui passent d’un Yukon à une Volt. Parce qu’au Texas, l’essence coule à flots et coûte littéralement moins cher que l’eau. Voilà un bien triste portrait, mais qui illustre hélas une situation quasi généralisée en Amérique du Nord, où les VUS et les camionnettes gagnent sans cesse en popularité.

Sur le plan financier, il n’est donc pas logique d’investir massivement dans le développement de véhicules que les gens ne souhaitent pas acheter. Or, l’électrique constitue une voie d’avenir dans laquelle les constructeurs n’ont d’autres choix que de se lancer. Maintenant, parce que la clientèle délaisse massivement l’automobile traditionnelle pour le VUS, il n’est pas étonnant qu’on les délaisse peu à peu.

 

Un mouvement lancé par Ford

Il y a 18 mois, Ford annonçait l’abandon quasi total de ses voitures, exception faite de la Mustang. Cela survenait après que FCA ait abandonné coup sur coup la Dart et la 200, délaissant ainsi complètement le marché des compactes et des intermédiaires. Puis, lundi dernier, c’était au tour de GM d’annoncer l’abandon de la plupart de ses voitures. Beaucoup de grosses berlines impopulaires comme la Buick Lacrosse, la Chevrolet Impala et les Cadillac XTS et CT6 disparaissent, ce qui signifie, à moins d’un revirement de situation, que Cadillac n’aura que des VUS à offrir dès 2020.

Or, l’abandon de la Volt (qui sera remplacée par un VUS), mais aussi de la Cruze, illustre à quel point le marché est en plein changement. Car si, encore une fois, la Cruze se vend bien chez nous, elle n’est hélas pas aussi populaire à l’échelle nord-américaine. Et puisqu’elle coûte aussi cher à fabriquer qu’un VUS ou une camionnette vendus à prix plus élevés, la décision de l’abandonner revient d’elle-même.

Faudrait-il donc blâmer les acheteurs de véhicules pour la fermeture de ces cinq usines de General Motors, sous prétexte qu’ils ne se procurent plus les véhicules qui hier, étaient pourtant si appréciés? Ou, à l’inverse, faut-il blâmer GM de ne pas avoir anticipé les désirs et besoins de ses acheteurs?

Chose certaine, je me plais à remémorer au public que GM était celui qui, en 1997, avait présenté une voiture électrique révolutionnaire, la Saturn EV1, que le lobby des pétrolières avait réussi à faire disparaitre des routes californiennes en un claquement de doigts. Et pour ceux qui souhaitent en savoir davantage sur le sujet, je vous invite à visionner l’excellent film « Who killed the electric car?».

 

Dans l’immédiat

GM, avec ses quatre divisions, propose actuellement 16 VUS/multisegments, en plus des camionnettes intermédiaires, pleine grandeur et poids moyens. S’ajoutera à la gamme d’ici quelques semaines le nouveau Chevrolet Blazer, qui profite d’un joli coup de crayon, mais de motorisations on ne peut plus traditionnelles.

Puis, d’ici un an, GM lancera en grande pompe sa pléiade de VUS pleine grandeur, soit la nouvelle génération des Tahoe/Yukon/Suburban/Escalade. Des véhicules lucratifs, mais surtout, plus populaires année après année. Uniquement au Canada, il s’est vendu cette année plus de Cadillac Escalade à près de 100 000$ la copie que de Chevrolet Bolt. Et bien sûr, le ratio devient encore plus disproportionnel lorsqu’on traverse la frontière.

Loin de moi l’idée d’être moralisateur, mais il est facile de comprendre à la lumière des chiffres de ventes pourquoi GM, comme Ford et FCA, choisit la voie des camions. Car même si on affirme vouloir pousser vers la voiture électrique, les véritables efforts sont placés dans la prolifération des VUS, multisegments et camionnettes, qui comptent pour les deux tiers du marché automobile nord-américain. On laissera donc aux bons soins des compagnies asiatiques de produire de petites voitures, comme les nouvelles Mazda3 et Corolla récemment dévoilées.

 

Et en attendant que GM présente sa prochaine électrique, on vous invite bien sûr à contempler les nouveaux Silverado/Sierra, dont la production ne sera désormais confiée qu’aux Américains.

En terminant, une petite pensée pour les 2 500 employés d’Oshawa qui, espérons-le, pourront se relocaliser. Peut-être chez Honda ou Toyota, qui fabrique non loin de là des modèles populaires comme la Civic, le CR-V, la Corolla et le RAV4...
 

Saturn EV1
Cadillac Escalalde
Chevrolet Bolt
Mazda3

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