Comment survivre à nos joyeuses contradictions?

Il y a quelques jours, j’ai rapporté le Lincoln Navigator que j’avais à l’essai plus tôt que prévu, parce que je partais pour un dernier lancement cette année.

Trafic

Il y a quelques jours, j’ai rapporté le Lincoln Navigator que j’avais à l’essai plus tôt que prévu, parce que je partais pour un dernier lancement cette année.

Ce Navigator est un immense VUS qui offre confort, luxe et puissance dans la plus pure tradition américaine. Son V6 biturbo de 450 chevaux est par contre un peu glouton. Ok, beaucoup.

 

Qui a les moyens de s’offrir une telle machine pour les 101 600 $ demandés, livraison incluse? Il s’en est malgré tout vendu 110 au pays en septembre et près du double de l’an dernier en tout. On est encore très loin des 13 918 grandes camionnettes Ford de série F, qui ne furent certainement pas toutes vendues à des entrepreneurs en construction.

Une fois le Navigator stationné, je l’ai verrouillé, j’ai remis les clés et relevé mon capuchon pour la marche de vingt minutes vers mon arrêt de bus. Il pleuvait. La 177 s’est pointée deux minutes avant l’heure prédite par l’application Chrono. J’ai posé ma carte Opus sur le lecteur et vu qu’il me reste cinq passages pour la STM.

 

Le vrai rêve automobile

À l’arrêt suivant, le moteur Diesel de ce gros autobus hybride s’est arrêté et il s’est empli aussitôt de jeunes femmes et hommes qui semblaient arriver du travail ou de l’école, même si on était dimanche. Je me suis dit qu’ils seraient sans doute ravis, du premier au dernier, d’être plutôt au volant de leur propre voiture. Ou alors assis à la droite ou à l’arrière, dans celle d’un ami, de la musique plein les oreilles.

Pas besoin d’un Navigator pour ça. Seulement une Civic, une Accent, une Golf ou une Sentra de quelques années. Les Ferrari, Lamborghini, McLaren et Porsche, c’est vraiment juste pour rêver.

Pour l’instant, c’est le bus et le métro, souvent bondés mais chauffés (trop), bien éclairés et généralement étanches. Aussi la marche et peut-être le vélo, quand il fait plus beau et chaud. En voyant leurs visages et en entendant leurs accents, tous différents, je me suis dit qu’eux ou leurs parents étaient venus de Chine, de l’Inde, du Pakistan ou alors d’Inuvik ou Inujivik.

Je me suis dit que cela illustrait bien le statut actuel de l’automobile dans ce monde qu’elle a changé, radicalement, en un siècle et quart. Depuis Benz, Daimler et Henry Ford, elle aura transformé l’architecture, les infrastructures et l’économie du tout au tout. D’abord en Amérique et en Europe. Maintenant en Asie. En quinze ans seulement, le marché chinois est par exemple devenu le plus gros au monde, les ventes y passant de 2 millions d'unités en 2002 à près de 29 millions l’an dernier, sur des ventes mondiales d’un peu plus de 86 millions d'exemplaires. Presque exactement le tiers.

Ils n’arrivent pas encore, en Chine, à construire suffisamment de ponts et d’autoroutes pour permettre à toutes ces machines de circuler sans gigantesques embouteillages. Leur gouvernement a tous les moyens et outils pour imposer des normes strictes en termes d’émissions polluantes et ne s’en prive pas. Ce qui réduit lentement l’impact de cette croissance fulgurante en stimulant fortement la vente de voitures électriques et hybrides.

Mais voilà que l’Inde, dont la population approche le 1,4 milliard de la Chine, se découvre aussi un appétit grandissant pour l’automobile. Sans parler des autres pays d’Asie, d’Afrique et d’ailleurs. Au fait, qui sommes-nous, Nord-Américains et Européens, pour leur faire la leçon et les encourager à se priver des grandes joies et frustrations qui viennent avec cette machine?

 

C’est maintenant ou trop tard

Chez nous, on compte presque un quart de million de signatures au registre du Pacte pour la transition. Le mouvement est lancé et même la Ville de Québec promet de le signer. Parions qu’elle ne sera ni la seule, ni la dernière. Pourtant, même avec le million de signatures souhaité et des gestes concrets de tous nos gouvernements pour réduire l’empreinte de carbone collective, ce ne sera sans doute pas assez.

J’ai l’impression qu’on sera un million, ou plus, à se préparer pour le tsunami possible avec une chaudière et un parapluie. Mais c’est toujours ça. Un début et peut-être un exemple.

 

En toute justice, chacun devrait pouvoir profiter de la commodité, de la liberté et du plaisir de rouler dans sa propre voiture, même petite, même modeste. N’en déplaise aux fervents apôtres du transport en commun pour tous. Mais ce n’est plus vraiment possible et pas tellement souhaitable, non plus.

Il faut donc tout réduire: le nombre, l’utilisation, la consommation et les émissions polluantes, GES inclus. Facile? Pas vraiment. En voulant seulement hausser le prix du carburant, le gouvernement français s’est retrouvé avec des émeutes à répétition, jusqu’au cœur de Paris.

Ce n’est pas fini et il ne faut surtout pas capituler. Ni chez eux, ni chez nous. En espérant qu’ils continuent d’en faire autant, à l’autre bout du monde.

Parce que le gaz carbonique ne connaît pas les frontières et que ses effets sont planétaires.
 

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Zacharie Goudreault/ 24 Heures

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